Culture

Pourquoi ouvre-t-on encore des théâtres en 2017 ?

Le 13ème ART ©SaumonMagazine

Le chiffre est effarant. Et pour ceux qui ne vont que rarement au théâtre presque inexplicable. Paris compte pas moins de 130 salles pour une moyenne de 300 spectacles par jour et bientôt un petit dernier : le 13ème Art. Des petites salles (La Loge, Le Pixel), des grandes maisons subventionnées (La Colline – Chaillot – La Ville ) et des théâtres privés qui expliquent, saison après saison, cette exception culturelle française si souvent revendiquée.

Alors que le nombre de théâtres a été multiplié par 5 en quarante ans et que le tissu théâtral parisien est déjà tendu à l’extrême, pourquoi inaugurer de nouvelles adresses ? Outre le besoin de diversité des pratiques culturelles, on trouve un élément de réponse dans une forme de rééquilibre. [Même s’il n’est pas question de comparer le mouvement parisien à la politique menée par Jean Vilar et André Malraux.] Tous les quartiers de Paris ne sont pas égaux quant au nombre de théâtre au mètre-carré. A ce petit jeu, le 14e bat assurément le 17e.

Arrondissement mal-aimé, un poil excentré, le 13e ne couve ainsi que peu de lieux culturels entre ses buildings. Des façades d’immeuble recouvertes par des street-artistes, un métro aérien qui fend l’arrondissement dans sa largeur et des restaurants asiatiques, ça oui, mais pas beaucoup de cinés, de théâtres et de salles de concert… Alors que paradoxalement, la capitale en regorge.

L’arrivée d’un nouvel espace dédié à la culture apparaît alors comme un mouvement bénéfique pour le 13e arrondissement parisien.

« Le 13e est un arrondissement qui bouge énormément, qui est en pleine mutation et où il y a une vraie attente de spectacle, analyse Olivier Peyronnaud, directeur du 13ème Art, nouveau venu place d’Italie. » Une salle de spectacles installée à la place du grand écran Italie et produite par les Canadiens de Juste pour rire. Un théâtre privé qui viendra renforcer l’offre du Théâtre 13 – et de ses deux salles – dirigé depuis 1999 par Colette Nucci.

Ce n’est pas la première fois qu’un cinéma laisse ses murs à un théâtre, déjà à Montparnasse l’équipe du Point Virgule ouvrait en 2012 le Grand Point Virgule à la place du Gaumont-Bienvenüe.

« Ouvrir un théâtre aujourd’hui est un acte politique. L’économie et le terrorisme rendent la période difficile. Les gens osent moins sortir. C’est extrêmement émouvant d’ouvrir un théâtre, surtout en ce moment. J’ai appris récemment qu’un théâtre de 150 places a ouvert en Creuse. Je suis autant ému qu’il y ait un théâtre qui ouvre en Creuse, dans un département moins pourvu de lieux qu’à Paris. C’est un peu de démocratie qui s’ajoute ça.

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Paris – Avignon

Des nouveaux théâtres en Creuse, mais aussi à Avignon où le théâtre Gilgamesh et le Théâtre de Belleville ont donné naissance cette année à un nouvel espace dédié à la création contemporaine, le 11 • Gilgamesh Belleville. Un pont entre Avignon et Paris né de la synergie entre Fida Mohissen (Gilgamesh, Avignon) et Laurent Sroussi (Théâtre de Belleville, Paris). Cette fois, ce n’est pas un cinéma qui occupait autrefois les lieux, mais un Flunch. « Quand on a investi l’espace, il y avait tout : les bancs, les machines à café, les espaces de jeux, les jetons, les cuisines, les cadeaux pour les enfants… On a tout cassé pour tout reconfigurer l’espace et créer les salles de spectacle, raconte Fida Mohissen, metteur en scène franco-syrien. » S’il y a beaucoup de théâtres à Paris, que dire d’Avignon en juillet ? Une offre abondante qui n’a pas arrêté Fida et Laurent convaincu qu’en réalité l’espace culturel français manque encore de lieux représentatifs de la diversité artistique.

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« En créant le 11, on a cherché à avoir un outil de travail. Bien sûr, il y a beaucoup de théâtres, de restaurants etc. mais plein de compagnies émergentes n’ont pas de lieu. L’idée c’est de récupérer notre outil de travail et de le faire à notre image, tel qu’on voudrait que l’on soit accueilli. Est-ce que c’est militant ? Peut-être, mais ce serait trop prétentieux de le dire. » Une noble entreprise qui n’est pas sans risque surtout lorsque le projet n’est pas subventionné par l’État, la région ou la municipalité. « On sait que quand on se lance dans un projet pareil, c’est un investissement… On va devoir rembourser les banques pendant 15 ans, ajoute Fida Mohissen. » A l’heure des Stations F et du boom entreprenarial, ces nouvelles aventures théâtrales rappellent que l’esprit d’entreprise n’est pas l’apanage de la technologie.

À propos Elsa Pereira

Féminisme, intersectionnalité et théorie du genre… Rien ne l’énerve plus que le manspreading dans le métro. Elsa a beau s’intéresser aux questions qui traversent nos vies numériques, du DIY à la Slow life, elle reste très attachée au 6ème art aussi appelé les arts de la scène. Elle clame d’ailleurs avoir vu plus de 385 pièces lorsqu’elle était chez Time Out Paris et promet ne s’être jamais endormie.

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