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Slow life et journalisme

Quatre semaine que je n’ai pas actualisé mon feed Twitter, deux jours que je n’ai pas filmé de story sur Instagram. Rien de grave ? Pas si sûr.

Lorsque l’on évolue dans les métiers de la communication, il ne suffit pas de recharger cinq fois par heure sa page d’accueil Linkedin. Pour être désirable, il faut être repéré. L’ère où la lettre de motivation, le CV et le petit coup de pouce en interne est révolu. Aujourd’hui pour décrocher un travail, pour attirer l’œil aiguisé des recruteurs, il faut être repéré comme dans le monde du mannequinat il y a quelques décennies. Sauf que l’on ne vous pêche pas sur la plage grâce à votre grain de beauté craquant sur le pourtour de la lèvre supérieure, mais sur les réseaux sociaux.

Elle est là, la véritable empreinte digitale.

Celle que vous laissez en interagissant au dernier tweet de Léa Salamé, en retweetant avant tout le monde le dernier article de Konbini sur Quotidien, en photographiant votre shakshuka au Café Méricourt. C’est le cœur du métier, humer l’air du temps pour en expliciter les dernières tendances. Découvrir de nouveaux lieux et surtout les raconter avant qu’ils ne soient dans tous les cityguides.

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Au même moment, alors que l’on a jamais été aussi connecté, alors que les téléphones et navigateurs internet n’ont jamais été aussi intrusifs, la tendance slow life pointait le bout de son nez. Une tendance décryptée par ces mêmes journalistes et leur sainte trinité Twitter-Instagram-Facebook. Une tendance qui justement leur indiquait que l’essence même de leur travail les rongeait. Vous devez tout savoir avant tout le monde et pourtant vous devez apprendre à débrancher votre smartphone. Prendre le temps de manger sans lire le dernier post du Huff, de flâner sans documenter votre promenade. Ignorer les notifications, couper la sonnerie.

La slow life, quoi.

Un modèle de vie d’autant plus intéressant qu’il nous aiderait à vivre mieux. Et c’est là, alors que l’envie de lever le pied tout en restant dans l’œil du cyclone était à son paroxysme que j’ai lu le très bon article de Russel Brown dans la Lenny Letter du 5 septembre dernier (la newsletter de Lena Dunham, showrunner de la série Girls). « The Digestive Mind » ou comment le surplus d’information nous empêche de digérer : « Pour l’esprit, les informations sont comme de la nourriture consommée. (…) La somme des informations digitales que nous consommons est plus importante que notre habilité à les digérer ». Résultat : notre corps ne suit pas et ne réussit plus à traiter les demandes. Vous avez mal au bide ? Ce n’est pas forcément à cause des sushis de la veille.

Après avoir digéré, ce long et passionnant article, j’ai reposé mon smartphone, observer la rame de métro dans laquelle j’étais. Comment faire ? Comment nourrir son esprit, rester dans le courant, observer les mutations du monde si on ne vérifie pas ses notifications, si l’on ne déroule pas sa timeline, si on laisse le temps nous noyer dans le torrent d’informations ? Comment étancher sa soif de reconnaissance, son envie de tout connaître et tout embrasser ? Comment font les twittos pour ne pas se lever avec des maux d’estomac lorsqu’ils ont traité autant de tweets et informations ?

Russel Brown suggère à la fin de son article de laisser le temps couler entre ses doigts, de se focaliser sur l’essentiel, mais n’est-ce pas à notre système digestif de faire le tri ? Faut-il se résoudre à polluer son esprit ? Une chose est sûre : la réponse n’est pas dans Google.

À propos Elsa Pereira

Féminisme, intersectionnalité et théorie du genre… Rien ne l’énerve plus que le manspreading dans le métro. Elsa a beau s’intéresser aux questions qui traversent nos vies numériques, du DIY à la Slow life, elle reste très attachée au 6ème art aussi appelé les arts de la scène. Elle clame d’ailleurs avoir vu plus de 385 pièces lorsqu’elle était chez Time Out Paris et promet ne s’être jamais endormie.

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