Pamphlet

Je déteste partager ma nourriture et je vous emmerde

Désolé pour ce titre quelque peu vulgaire. Mais je dois maintenant arrêter de me cacher derrière ma petite cuillère et le déclarer au monde entier : non je n’aime pas partager ma nourriture au restaurant, ni chez moi d’ailleurs, ni nulle part pour dire vrai.

J’aime quand les choses sont claires, carrées : ce steak est à moi, ces poireaux-vinaigrettes sont à moi, ce tiramisu est à moi. J’aimerais, oh oui, j’aimerais être cette fille libre, qui dit « bien sûr, goûte » ou encore pire « on échange nos assiettes? » mais non, tout comme je ne supporterais pas de vivre en trouple, de vivre dans un squat, ou de partir en vacances avec un groupe d’inconnus : je ne supporte pas ces petits libertaires qui piquent dans mon assiette.

Je dois l’admettre : je suis une conservatrice de la fourchette. Une fourchoniste de droite. C’est triste. Ça me peine mais c’est ainsi.

Pour ma défense, il existe des typologies bien distinctes de ces personnes agaçantes qui aiment manger dans les assiettes des autres.

 L’ami qui mange plus vite que tout le monde

On partage une planche ? Bon ok, pourquoi pas, vous avez faim et trois verres de Pic Saint-Loup dans le nez : vous cédez. La planche arrive et là c’est le marathon, l’ami fou vous parle tout en ne s’arrêtant jamais, il re-tartine son pain de beurre, tout en déblatérant sur la loi travail, se re-découpe du saucisson, s’enfile son troisième morceau de brie, comme si de rien n’était et le tout parfaitement détendu. Tandis que vous, stressé, êtes obligé de suivre le rythme tout en essayant de rester concentrée sur la discussion. Vous finissez par manger n’importe quoi, un bout de cornichon avec du comté, une peau de reblochon sur un morceau de beurre. Dix minutes après avoir commandé cette planche, elle est déjà finie et vous avez l’impression d’avoir survécu à un ouragan.

 L’ami qui mange affreusement lentement

Inversement, il existe l’ami qui mange très lentement. Vous êtes au restaurant chinois. Arrivent alors : les aubergines à la viande, les pâtes sautées, les raviolis. Et cet ami se sert puis repose ses baguettes, discute, boit un verre d’eau. Vous, poli, ne pouvez pas vous jeter sur la bouffe, alors, au bout d’un moment, vous n’écoutez tout simplement plus la discussion. Vous comptez. « Ok, le mec a mangé son deuxième nem, je peux donc passer au troisième ». Epuisant. Sans compter que vous finissez par manger froid et que tout le monde sait que manger froid c’est dégueulasse (sauf cet ami apparement).

 L’ami qui veut goûter dans votre assiette que vous n’avez pas encore commencée

Vous avez commandé votre plat, en votre âme et conscience. Il arrive. Et là l’ami d’en face demande « je peux gouter ? » et, sans attendre de réponse, il s’empare de sa fourchette et plonge direct dans votre assiette. Vous n’êtes pas un monstre, ce n’est pas le fait qu’il goûte qui vous embête mais celui qu’il goûte avant vous. Comme si vous veniez de vous acheter une nouvelle BD et qu’on la bouquine à votre place, une nouvelle robe que l’on vous fauche avant même que vous ayez pu sortir vous pavaner avec… Ignoble.

 Le rendez-vous professionnel ou le premier rencard qui vous propose de partager

Vous ne connaissez pas très bien la personne avec qui vous allez manger. Ce qui est déjà gênant en soit (que celui qui n’a jamais eu l’impression de baver au restaurant devant un inconnu me lance la première pierre). Et cette personne vous propose de partager. Vous ne pouvez pas refuser sous peine de passer pour un psychorigide, un pingre ou un mauvais vivant. Donc vous acceptez. Et là – je passe les détails – mais vous êtes soit obligé de manger un filet de cabillaud (l’angoisse), soit, pire, de recevoir une minuscule moitié du plat que VOUS aviez choisi (évidemment meilleur que celui de votre convive). A savoir qu’ici la règle du « je coupe, tu choisis* » n’est clairement pas applicable sous peine de passer carrément pour un psychopathe.

Je vous rassure, il y a des amis avec lesquels on mange au même rythme et là l’échange est tolérable, des amis qui mangent peu et là ça devient carrément une bonne affaire ou des amis qui commandent des grandes quantité de nourriture (et qui paient) : si jamais vous avez un ami comme ça, gardez le et surtout présentez-le moi.

Alors si comme moi, vous n’aimez pas partager, choisissez bien votre entourage. Vous pouvez aussi simplement partager ce que vous mangez sur les réseaux sociaux. C’est déjà sympa.

*« Je coupe, tu choisis » : Cette règle très simple consiste pour celui qui coupe le plat, à laisser l’autre choisir sa moitié préféré, ce qui oblige le découpeur à découper le mieux possible sous peine d’avoir la moitié la moins grosse.

À propos Zazie Tavitian

Mange, écrit, écrit sur ce qu’elle mange, sur ce que les autres mangent, sur comment ils le font quand où pourquoi, comment, avec qui. Elle aime : les rades crados mais regrette qu’on n’y serve pas de vins nature, les bistrots populaires avec des plats du jour à moins de 15€ et les bars à cocktails à condition qu’on y serve du mezcal. Ne voyage que dans les pays où l’on mange bien, avec une grosse prédilection pour l’Italie. Passée par France Inter, Le fooding, Les Inrocks, Europe 1, Omnivore & Time Out. Vous pouvez retrouver tout le contenu de son estomac sur son instagram @zaziemiammiam

3 comments on “Je déteste partager ma nourriture et je vous emmerde

  1. Tu veux goûter de mon plat ? Fin Stratagème pour goûter le sien 🙂

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  2. Hahaha ! tellement pareille ! Ca te dit on partage ? euuuuh… NAN !

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