Boire & Manger

Testez le restaurant de la Maison du saké avant qu’il ait son étoile

Note ? Triple Miam.
A manger ? Le menu gastronomique évidemment !
Avec qui y aller ? Une personne qui vous est chère (dans tous les sens du terme).
Où ? 11, rue Tiquetonne, 75002.
Quand ? Du lundi au samedi, de 19h à 21h30.

Et voilà, ça nous pendait au nez ! Alors qu’il y a encore quelques semaines, le menu dégustation chez ERH coûtait 65 euros, une paille compte tenu de la qualité hallucinante dudit menu, il vient d’augmenter pour atteindre les 85 €. Pour tout dire, on s’y attendait, on voulait vous prévenir, « dépêchez-vous d’y courir, ça ne durera pas ! » Trop tard ? Non ! On vous conseille encore de vous ruer dans le restaurant de la Maison du saké, car un jour l’endroit sera sans doute étoilé et le menu plus cher encore. Dans les restaurants parisiens, l’argent est souvent le nerf de la guerre pour le consommateur, qui rechigne à juste titre quand il doit racler ses fonds de tiroirs pour de la bistronomie qui ne rime pas avec économie. Luminaires en suspension et papier peint défraîchi en guise de déco, légumes anciens de paysans à prix millionnaires et petites assiettes de tapas à 15 balles au menu, le client ne ressort pas toujours émerveillé, si bien que le magazine satirique Jooks pose la question : « La bistronomie est-elle la banane du siècle ? »

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L’homme averti le sait : au lieu de pinailler, il faut parfois raquer un peu plus pour franchir un palier et savourer une véritable cuisine gastronomique. Oui, 85 € c’est très cher, mais une fois de temps en temps, ça les vaut. En sortant d’ici, vos papilles auront découvert de nouvelles saveurs, vos yeux admiré des plats aux couleurs inconnues, vos oreilles entendu la fourchette tinter d’aise. ERH, donc, de l’eau, du riz et des hommes. Ce sont les ingrédients nécessaires à la fabrication du saké et qui ont donné leurs initiales à ERH (prononcer « R »), le restaurant de la Maison du saké né en juin 2017. Un lieu exceptionnel, un petit miracle qui a vu le jour en un mois, presque sur un coup de tête. La tête, c’est celle de Youlin Ly, grand passionné de gastronomie et créateur du restaurant étoilé Sola, parti en fumée dans un incendie récemment. « C’est un artiste, un rêveur qui lance des idées pas toujours réalistes mais stimulantes », nous raconte notre maître d’hôtel aussi sympathique que professionnel. « Pendant un voyage au Japon, il a eu cette envie d’un restaurant et il voulait l’ouvrir seulement en quelques semaines. »

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Vous chavirez dès qu’on vous apporte un plat (et il y en a sept)

Dans ses valises japonaises, Youlin ramène heureusement un chef cuisinier réputé : Keita Kitamura, passé chez Narisawa, restaurant régulièrement cité dans les dix premiers du classement mondial, mais aussi chez Pierre Gagnaire. Pas de cuisine fusion pour autant, ici Keita renouvelle le génie de la gastronomie française à l’aide du perfectionnisme japonais, s’attaquant à des classiques immémoriaux tels que le maquereau grillé, le foie gras ou la canette de Challans (IGP Vendée, vive le roy ! ), en les réinventant par touches successives. Le maquereau est rehaussé par la crème de fenouil et le chou fleur, le foie gras fumé au bois de sakura et accompagné de mangue caramélisée, la canette magnifiée par les légumes de saison. On ne vous détaillera pas l’ensemble, mais ce sont pas moins de sept plats qui défileront sur la table, chiffre magique s’il en est. Ajoutez à cela quelques touches de dolce vita italienne, carpaccio de bœuf et dorade poêlée à l’acqua pazza (autrement dit à « l’eau folle », technique napolitaine où l’on cuit le poisson à l’eau de mer et au vin blanc sans sel) et des petites fleurs comestibles qui viennent embellir l’assiette, et vous chavirez à chaque fois qu’on vous apporte un plat.

Baignée d’une belle lumière naturelle qui passe à travers la verrière du plafond, la salle elle-même invite à la contemplation des mets. Ambiance feutrée, tableaux d’art contemporain inspirée par la calligraphie japonaise aux murs, grand bonsaï au centre de l’espace, il règne ici un calme digne d’un jardin zen. Même l’agitation des serveurs qui dressent en silence les assiettes derrière le comptoir ne vient pas troubler cette paix harmonieuse, où le bruit du saké et des infusions qu’on verse délicatement dans un verre semble couler comme une rivière au milieu d’une montagne. On conseille enfin aux amateurs de whisky d’aller prendre un digestif au Golden Promise, incroyable bar à whisky niché dans les caves. De loin l’une des meilleures adresses ouvertes cette années à Paris.

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Râleur professionnel, ce en quoi il épouse parfaitement son biotope parisien, Emmanuel déteste lorsqu'un Vélib' est coincé sur la plus petite vitesse ou quand le facteur laisse un avis de passage alors qu'il était chez lui. Comme le médecin, il est généraliste, écrivant autant sur la remasterisation CD de l'intégrale de Françoise Hardy que sur la définition introuvable de la vraie bière artisanale. Fan de Javier Pastore et de Marcel Proust, il joint la beauferie à la pédanterie, ce qui lui vaut de déranger dans le microcosme des amateurs de héros malades.

3 comments on “Testez le restaurant de la Maison du saké avant qu’il ait son étoile

  1. Triple  »merci beaucoup » Pour m’avoir permis de découvrir ce restaurant.
    J’ai adoré, comme vous pouvez le deviner.
    Cuisine scintillante, précise, ciselée tout en étant poétique, esthétique, angélique, moderne, actuelle, belle et romantique.
    Merci beaucoup !

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  2. Ping : La revue de presse de Saumon #9 – SAUMON

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