Boire & Manger

« C’est seulement après l’amour qu’on a mangé notre croque-monsieur »

Illustration fraise chocolat de Nina Clauzel

Rencontre avec Renée Greusard co-auteure de 20 recettes pour conclure .

« Je me souviens que je les fixais, que je me disais : « Mais qu’est-ce que je vais faire de tous ces gnocchis ? ». Ça me paraissait être l’enjeu le plus important de la soirée, comment ne pas les gâcher. En plus ça demande quand même un peu de travail, ce ne sont pas de vulgaires pâtes au saumon ! Les congeler ? Les apporter au bureau ? Je ne voulais pas penser à ma rupture alors je m’accrochais à mes gnocchis. (…) « Quand j’ai refait mes fameux gnocchis, j’ai pensé « regarde, regarde comme je suis heureux à nouveau, regarde, je suis encore debout ».

C’est ce genre d’histoires touchantes, drôles, pleines de coeur et de sauce que nous livre le bouquin de Renée Greusard et Judith Duportail : 20 témoignages et 20 recettes d’un soir ou d’une vie pour attirer l’autre dans son lit (ou non).

Il y a Mathilde, 30 ans, qui invite son camarade de classe à venir dîner et qui lui prépare une andouillette, sans réaliser que servir des tripes pour un premier rencard dans un studio de 20m2 peut être clivant. Le garçon ne mangera d’ailleurs jamais cette andouillette mais ils feront ensemble un enfant, 10 ans plus tard. Il y a aussi Yvette, 70 ans, qui raconte sa rencontre avec Robert à qui elle ment pour le séduire avec sa blanquette de la mer, en fait achetée chez le traiteur. Ou encore la recette de la pêche-Melba-pense-à-moi, un dessert transgressif que Suzie prépare à Alain, son amant, comme péché mignon d’une dernière nuit de sexe et d’adieux, adieux qui n’auront en fait jamais lieu.

Toutes les histoires se concluent par  cette question « Et alors vous vous vous êtes chopés ? » histoire d’assouvir les envies voyeuristes du lecteur. On retrouve aussi les recettes en question, certaines quelconques, d’autres que l’on piqueraient bien pour les refaire chez soi, même sans idée derrière la tête (Miam le poulet rôti massé au beurre !). Toutes surtout, loin d’être anecdotiques, racontent l’intention que l’on met lorsque l’on cuisine, l’amour, le sexe, les enjeux aussi parfois inconscients qu’implique la préparation d’un plat.

visuel (détail) 20 recttes pour conclure_2
Illustrations ©Nina Clauzel

 

« J’ai une personnalité exubérante, donc quand je veux draguer un mec avec la bouffe je cherche à lui en mettre plein la vue. »

Pour Renée, par ailleurs journaliste sur les sujets de sexe, de genre et de féminisme chez Rue89 la cuisine est une « une porte d’entrée hyper belle et très profonde »,  « l ’assiette raconte ce que tu manges mais aussi qui tu es, si tu es un kiffeur ou pas, ce que tu racontes de ta famille, de tes valeurs ».

Comment alors récupérer des témoignages aussi intimes ? « Quand tu demandes aux gens de raconter leurs histoire de bouffe, ils réfléchissent à… la bouffe. C’est mon côté un peu fourbe car évidemment il se mettent ensuite à raconter autre chose. Ce qui est intéressant en fait ce n’est pas ce qu’ils mettent dans l’assiette mais l’intensité avec laquelle il le font, ce que ça dit  d’eux. La façon dont ils mettent les choses en scène. »

Et Renée d’ailleurs, quels genres de plats utilise-t-elle pour séduire ?
«  J’ai une personnalité exubérante, donc quand je veux draguer un mec avec la bouffe je cherche à lui en mettre plein la vue. Je ne suis pas trop dans la subtilité mais on peut au moins dire que c’est généreux ». Et quels plats seraient éliminatoires lors d’un rencard ? «  Il n’y a pas de plats rédhibitoires, même si un mec me sert des insectes ça peut me faire marrer. Ou alors, si, peut-être un plat préparé sans amour. »

Ce qui est sûr c’est que le bouquin lui en déborde, d’amour, et permet aussi de vous souvenir, au fil de la lecture, de tous les plats que l’on vous a préparé et que vous avez préparé par amour fou ou dans des buts parfois moins nobles…

20 recettes pour conclure, de la cuisine au sexe il n’y a qu’un (re)pas, Renée Greusard & Judith Duportail, Editions Nouriturfu, 16€.

À propos Zazie Tavitian

Mange, écrit, écrit sur ce qu’elle mange, sur ce que les autres mangent, sur comment ils le font quand où pourquoi, comment, avec qui. Elle aime : les rades crados mais regrette qu’on n’y serve pas de vins nature, les bistrots populaires avec des plats du jour à moins de 15€ et les bars à cocktails à condition qu’on y serve du mezcal. Ne voyage que dans les pays où l’on mange bien, avec une grosse prédilection pour l’Italie. Passée par France Inter, Le fooding, Les Inrocks, Europe 1, Omnivore & Time Out. Vous pouvez retrouver tout le contenu de son estomac sur son instagram @zaziemiammiam

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