Culture

Jean Echenoz et la mécanique du roman

Expo Jean Echenoz

Les Éditions de Minuit sont marquées par sa présence. Jean Echenoz, romancier prolifique, a nourri nos imaginaires lors de nombreux voyages littéraires. Depuis 1979 et Le Méridien de Greenwich, il aura publié 17 ouvrages, tous aux Éditions de Minuit. Cherokee, 14, Lac… 40 ans de romans aujourd’hui célébrés à la Bibliothèque publique d’information (Bpi) dans une exposition passionnante : « Jean Echenoz – Roman, Rotor, Stator »

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Paris 1983© Olivier Garros

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Après Claude Simon (2013) puis Marguerite Duras (2014), c’est donc à Jean Echenoz que la Bpi et ses commissaires généraux Isabelle Bastian-Dupleix et Emmanuèle Payen s’intéressent. « Profondément documentée, élégamment maîtrisée, l’œuvre de Jean Echenoz est aussi d’une grande liberté : liberté envers les codes des genres littéraires, dont l’écrivain use jusqu’à les détourner, du roman d’aventure au roman biographique, ou historique, en passant par le roman noir et le roman d’espionnage. »

Au fil de ses œuvres, page après page, le romancier s’échappe et se détache des règles de la fiction et des normes littéraires. Cherokee investit ainsi le polar et le roman d’aventure, Ravel la biographie, 14 le roman de guerre. Une œuvre aux multiples visages traversée par un même motif : l’envie de tromper l’ennui.

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Cahier de notes manuscrites de Jean Echenoz © Chancellerie des Universités de Paris, Bibliothèque littéraire Jacques Doucet, Paris

Le topique du  « Rotor, Stator »

Isabelle Bastian-Dupleix et Emmanuèle Payen ne cesseront au gré de l’exposition d’évoquer les paradoxes et les jeux qui nourrissent son écriture. La mobilité et l’immobilité des personnages, les jeux de langue, les figures par deux, les renversements de situations, les chiasmes… On comprend dès lors l’ambition des deux commissaires de se refuser à une exposition chronologique ou biographique et de choisir une scénographie circulaire. Deux cercles imbriqués l’un dans l’autre référence aux rouages d’un moteur. Une métaphore qui marque l’œuvre d’Echenoz dès ses prémices dans Le Méridien de Greenwich. Le rotor étant la partie mobile et stator, la partie fixe d’une machine rotative. « Tout ira par deux », dit un personnage de l’Equipée malaise.

Dans cette espace circulaire, il est donc d’abord question d’architecture, de technicité. « La fiction et ses rouages » ou comment l’écriture « qui fait effet de réel » de Jean Echenoz s’est élaborée puis organisée. Des photographies, tapuscrits annotés, carnets et longues retranscriptions qui témoignent du travail préalable que l’auteur fournissait en amont de l’écriture. Comme ces cartes postales choisies par Echenoz lui-même et qui « sont autant de déclencheurs, de supports, ou de relais possibles dans la construction d’une fiction ».

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Jean Echenoz Porte de Pantin 1999 ©Roland Allard.jpg

Ecriture musicale et musique de l’écriture

L’exposition aide alors à déchiffrer les méthodes de l’écrivain : l’attrait pour une narration parfois expéditive, le sens de l’énumération, et le goût pour la musique. Une diction unique marquée par le jazz, Echenoz y étant particulièrement sensible. Défigement des locutions, jeux de mots, néologies, jeux sur les sons… Comme dans ce passage du Méridien de Greenwich : « Il perçut, tout autour de son corps, les sons entrelacés des vagues, du vent et du vent sur les vagues, comme un vaste frisson froid, frisé, froncé, froissé, et ce fut sur ce fond farci de fricatives qu’il entendit se rapprocher les mercenaires.» Echenoz s’amuse avec les ruptures et les syncopes, avec l’étrangeté sonore des termes qu’il emploie.

Au cœur de l’exposition ne manquez pas la petite encyclopédie du gag verbal. Un panorama des merveilleuses inepties échenoziennes. « Son toit-terrasse était coiffé d’un clocheton dodécagonal surmonté d’une urne infundibuliforme » lit-on dans Les Grandes blondes. L’invention de Jean Echenoz se découvre en cartels et en images et parfois en son… Enfilez les écouteurs suspendus au centre du cercle. et laissez-vous bercer par Ravel lu par Olivier Cadiot. La dernière partie de l’exposition, abordée de manière plus anecdotique selon nous, s’attarde sur « les quelques personnages types, inventeurs ou vagabonds, artistes ou comptables, pigeons ou autres représentants du bestiaire (…). » Personnes, personnages et lieux. Et bien sûr Paris, de La Chapelle à Porte de Pantin.

Il n’est pas nécessaire de connaître l’œuvre sur le bout des doigts avant de fouler le sol de la Bpi, ne rien savoir sur Echenoz, ne vous empêchera pas de savourer ce magnifique hommage à la littérature française et à un de ses plus espiègle artisan.

« Jean Echenoz – Roman, Rotor, Stator » 
Du 29 novembre 2017 au 5 mars 2018 à la Bibliothèque publique d’information, centre Pompidou. 

À propos Elsa Pereira

Féminisme, intersectionnalité et théorie du genre… Rien ne l’énerve plus que le manspreading dans le métro. Elsa a beau s’intéresser aux questions qui traversent nos vies numériques, du DIY à la Slow life, elle reste très attachée au 6ème art aussi appelé les arts de la scène. Elle clame d’ailleurs avoir vu plus de 385 pièces lorsqu’elle était chez Time Out Paris et promet ne s’être jamais endormie.

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