Boire & Manger Pamphlet

Em-bûche de noël : vos pires souvenirs de ce gâteau ignoble

Bûche

Depuis quelques années, les médias essaient de nous faire croire que la bûche est LE gâteau indispensable à avoir sur sa table à Noël. On n’est pas dupes. 

Dès octobre, les journalistes gastronomiques sont invités aux présentations presse pour aller découvrir la nouvelle bûche de tel ou tel chef pâtissier, les unes des magazines de cuisine affichent toutes ces monstres over-sucrés, alors que les rédacteurs en chef des sites lifestyle forcent leurs stagiaires (qui sans doute détestent les buches) à écrire des articles avec une sélection des plus beaux spécimens. Au hasard, cette année, on trouve sur le site de Cosmopolitan Les 24 bûches de Noël qui nous font saliver , alors que Vogue titre les 20 bûches de Noel extraordinaires et que l’Express propose ses Bûches de Noël 2017 : notre sélection goûtée et approuvée.

Bref nous sommes engloutis sous le sucre (raffiné) avant même d’être passé à table. Puis voilà le jour J : vous venez d’engloutir du foie gras, des huîtres, une pintades aux airelles, du Saint-nectaire, il est 22 heures et vous avez envie de vous rouler en boule dans votre pyjama en pilou. Mais non, la voilà qui arrive énorme, beurrée, avec des décorations de Noël immondes : la BÛCHE, qui porte bien son nom, tellement elle est lourdingue.

« Ma haine, je sais qu’elle vient de ma plus tendre enfance si je puis dire »

Tout le monde, loin de là, n’est pas amoureux de ce gâteau. Beaucoup de personne en ont même été dégoûtés dès l’enfance, avec souvent derrière tout ça une grand-mère maléfique. Romain, documentaliste musical à Radio France, témoigne : « Je me souviens de ma grand-mère qui achetait chaque année à son boulanger une bûche d’un mètre de long. On devait se la taper pendant quelques jours ensuite. Ma haine, je sais qu’elle vient de ma plus tendre enfance si je puis dire, j’ai toujours du dégoût pour les gâteaux à la crème et les flans. Je trouve cela écœurant et sans intérêt.»

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Bûche de la mère de Romain au beurre salé. « En faisant sa crème au beurre elle s’est plantée de beurre et a utilisé du beurre salé… »

Pareil pour Marylou, comédienne de stand-up  : « Avant le décès de ma  grand-mère, nous allions déjeuner chez elle et mon grand-père le 25 décembre». Dans ses souvenirs, tout le repas était immonde mais la bûche tenait une place particulière : « Visuellement quelque chose proche du kloug du ‘Père Noël est une ordure’… avec la totale niveau déco : les sapins et les scies en plastiques, et les petits champignons en meringue et de la crème au beurre partout… rien que d’en parler mon cœur se soulève de dégoût ! »

« Toute ma famille trouvait ça dégueulasse, mais elle était tellement fière de l’amener à table qu’on s’ écriait « wahouuuu » »

Il n’y avait pas de crème au beurre dans la bûche de Morgane, online manager de la boutique 58M, mais les souvenirs de la recette de sa grand-mère sont tout aussi traumatisants : « C’était un quatre-quarts qu’elle faisait tremper longuement dans du sirop d’orange amer et qu’elle recouvrait ensuite de chocolat noir fondu pas bon, sur lequel elle plantait des décorations de Noël. Toute ma famille trouvait ça dégueulasse mais elle était tellement fière de l’amener à table que tout le monde s’écriait wahouuu quand elle arrivait avec ». Morgane conclut : « Du coup, je n’ai aucune idée du vrai goût de la bûche, à part celle que l’on me servait à la cantine. »

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Il faut dire que la bûche la plus célèbre c’est certainement elle : cette petite horreur beigatre roulée à la crème, que l’on retrouvait systématiquement lors du repas de Noël tout au long sa scolarité, toute sa vie même pour les personnes ayant la malchance joie d’être en CDI dans une entreprise de plus de 10 personnes et d’aller manger à la cantine tous les midis.

Mais en 2017 la pâtisserie est devenue branchée et de nombreux pâtissiers proposent aujourd’hui des bûches qui se veulent éloignées des standards classiques. Ces gâteaux peuvent avoir des formes de Rubik’s Cube, de bagnoles, de poupées russes où même de vraies bûches en bois, avec des saveurs classiques de chocolat, de praliné ou de vanille mais aussi pour les plus téméraires, de pamplemousse ou de kumquat.

Bûches Michalak pour le Plazza Athénée
Bûche Michalak pour le Plazza Athénée. 95€

« C’est un casse-fête, tu as fait un bon repas et tu dois manger ce truc bourratif »

Pour Camille Labro, journaliste gastronomique au Monde, même ces bûches upgradées n’ont pas grand intérêt. Alors qu’elle apprécie le travail de certains pâtissiers, même chez les plus grands d’entre eux elle n’a « jamais trouvé bon ce dessert », « C’est hyper moutonnier, j’attends le pâtissier qui va nous proposer autre chose, se creuser la tête, sortir de cette logique commerciale ».  La journaliste, qui avait mené en 2014 une grande enquête sur les dessous de la pâtisserie de luxe s’insurge : « Ce gâteau, c’est aussi un alibi pour mettre tout un tas de saloperies, les décors en sucres, les colorants, les gélifiants ».

Camille Labro se sent plus proche des treize desserts, par exemple, tradition provençale de Noël : « Il y treize desserts sur la table : des fruits secs, des dattes, des oranges, des nougats… Tu choisis ce que tu veux, il y a quelque chose de très beau là-dedans ». Et alors que mangera-t-elle comme dessert le soir de Noël ? «  Sûrement des clémentines ou quelque chose d’acidulé comme une tarte au citron ».

Ce qui est sûr c’est que comme chez Romain, Marylou ou Morgane il n’y aura pas ce terrible dessert, traumatisme enfantin pour des milliers de français (au moins).

Collagberk berk

À propos Zazie Tavitian

Mange, écrit, écrit sur ce qu’elle mange, sur ce que les autres mangent, sur comment ils le font quand où pourquoi, comment, avec qui. Elle aime : les rades crados mais regrette qu’on n’y serve pas de vins nature, les bistrots populaires avec des plats du jour à moins de 15€ et les bars à cocktails à condition qu’on y serve du mezcal. Ne voyage que dans les pays où l’on mange bien, avec une grosse prédilection pour l’Italie. Passée par France Inter, Le fooding, Les Inrocks, Europe 1, Omnivore & Time Out. Vous pouvez retrouver tout le contenu de son estomac sur son instagram @zaziemiammiam

1 comment on “Em-bûche de noël : vos pires souvenirs de ce gâteau ignoble

  1. Je trouve cet article très anti grands-parents!

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