Culture

A vos marques. Prêts ? Feux d’hiver !

Feux d'hiver- Carabosse

L’idée de fêter la nouvelle année à Calais ne vous a peut-être pas effleuré. Pourtant, c’est exactement ce que nous vous proposons aujourd’hui. Oubliez le compte à rebours devant la Tour Eiffel étincelante. Le vin rouge qui serpente sur le sol et colle aux semelles dans les couloirs du métro. Le wagon bondé et les grappes d’ados hilares. Prenez donc le TER et visez la Manche. C’est à Calais et plus précisément au Channel que la fin d’année sera la plus chaleureuse. 3, 2, 1…

Du 27 au 31 décembre, les torches brûleront au Channel à Calais. Cette scène nationale inaugurée dans les années 1990 dans les anciens abattoirs de la ville accueille cette année encore une nouvelle édition de son événement hivernal Feux d’hiver : « une manifestation artistique, festive et populaire ». Spectacles de cirque, installation de feu, sculpture sur glace ou encore lectures…

Pendant trois jours, le Channel se transforme sous les rires des enfants, les crépitements du feu et les tintements des verres. Des spectacles de cirque, de rue ou encore de magie dès 7h30 du matin et jusqu’à la tombée de la nuit et qui ne coûtent que 3,50 euros.

 

Somos
Somos de El Nucleo

 

Entretien avec Francis Peduzzi, directeur du Channel 

On lit partout que Feux d’hiver est une manifestation et non pas un festival, quelle différence selon vous ? 

Un festival, c’est généralement une addition de spectacles. Feux d’hiver, pour moi, c’est une manifestation, parce qu’il y a une écriture de l’espace et du temps. Du temps, parce que l’on réfléchit à quel spectacle on met et à quelle heure. On a une grande amplitude sur la journée. On commence quand même à 7h30 ! Et de l’espace, parce que l’on joue avec et dans des abattoirs qui ont été rénové et qui représentent aujourd’hui le Channel. C’est peut-être une coquetterie, mais j’aime bien le préciser.

Qu’avez-vous eu envie de créer avec Feux d’hiver

Il y a pour moi d’abord un souci de s’adresser à un public familial. Nous déclinons les spectacles tout au long de la journée sur des attentes différentes. A 7h30, on ne s’attend pas, par exemple, à voir des enfants. Il y a aussi l’idée d’un rapport entre l’intérieur et l’extérieur. L’envie de créer un monde à travers ce lieu ceinturé qu’est le Channel. La construction d’un monde qui prend toutes ses dimensions poétiques à la tombée de la nuit quand arrive le feu. Et le feu ça donne une ambiance et une atmosphère particulière…

La manifestation a lieu dans les tous derniers jours de l’année, pourquoi ? 

Il y a vraiment quelque chose de particulier dans la période, elle n’est pas neutre. C’est une période qui renvoie à la solitude, à la nostalgie…  Il y a quelque chose comme ça à Noël, un peu moins autour du Nouvel An, mais c’est une sorte de no man’s land dans l’année. Je ne savais pas si l’identité particulière de ce moment allait avoir un effet d’amortissement ou au contraire lui donner une dimension supplémentaire. Visiblement ça lui donne plutôt une dimension supplémentaire !

L’espace du Channel est multiple. Il y a une librairie, une grande halle, des pavillons, un chapiteau, un belvédère… C’est une véritable ville dans la ville ! 

Oui, c’est un autre monde. Dans Feux d’hiver, il y a la dimension démbulatoire et celle de l’activité dite spectacle. On peut se nourrir intellectuellement et physiquement. On peut passer une journée entière sans avoir besoin d’aller en ville. Les spectateurs peuvent manger sur place…

gandini juggling©gandini juggling2
Gandini Juggling

Comment avez-vous élaborer la programmation artistique ? 

Une partie de la programmation est faite à partir de spectacles déjà existants et que l’on a vu. On a une appréciation de ce qu’ils sont, du lieu dans lequel ils peuvent s’inscrire et à quelle heure. Il y a comme un artisanat dans le choix des spectacles. J’aime bien aussi l’idée de commande, de proposer à des artistes de réaliser quelque chose de spécifique pour cette manifestation.

En tout, nous avons quatre commandes.  L’installation de feu de la compagnie Carabosse. Le travail de Jacques Bonnaffé autour de la culture populaire du Nord (ndlr : Les vieilles carettes). Le magicien mental Scorpène qui va nous proposer un spectacle bien loin des installations que requièrent ses spectacles. Il vient quasiment les mains dans les poches.

Et enfin, le spectacle du matin (ndlr : Quand s’ébruite le jour de Magali Gaudubois). Un travail sur la polyphonie. L’état psychologique du spectateur n’est pas le même à 7h30 qu’à 19h. On ne va pas lui balancer du rock’n’roll ! Comment, à travers une proposition artistique, on peut éveiller le corps doucement avec élégance et sensibilité ? On a essayé de travailler la polyphonie non pas dans un rapport scène-salle, mais en cercle. Les gens seront installés sur des tapis et on leur servira une friandise maghrébine réalisée par une association de femmes avec qui nous travaillons.

Outre les spectacles et les commandes, il y a aussi la proposition littéraire d’Anne Conti… 

Je voulais que quelque chose vienne d’ici, du Channel. Alors j’ai proposé à l’équipe du théâtre de donner un ou deux livres. Le livre qu’ils ont préféré, dont ils ont eu du mal à s’arracher. De ceux que l’on n’a plus envie de quitter, et dont on boit toutes les pages. J’ai établi une liste de vingt titres, je les ai fait lire à Anne Conti et je lui ai demandé d’en choisir cinq et de s’accompagner d’un ou une comédienne ou musicienne et de les mettre en scène. Chaque soir,  il y aura une mise en scène différente d’un livre différent et dont le titre ne se révèlera que pendant la lecture.

Lorsque l’on pense Calais, on pense souvent à la jungle, aux migrants. Est-ce que Feux d’hiver se fait aussi avec eux ? 

Je n’ai jamais travaillé pour un public mais pour une population. Et fait partie d’une population toute personne se trouvant sur ce territoire. Les migrants, je les regarde  comme partie intégrante de cette population. Après,  ils ont leur spécificité, leur langue, leur condition de vie, leurs aspirations qui n’ont rien à voir avec le fait de rester à Calais, mais de passer en Angleterre. Je ne les regarde pas comme étant à part. Evidemment cette manifestation leur est ouverte. On ne va pas trier. Est-ce qu’ils auront envie de venir ? Je ne sais pas. On travaille avec des associations qui vont leur faciliter l’accès notamment en terme de trajet, mais aujourd’hui, ils ont, très honnêtement, d’autres préoccupations.

Feux d’hiver au Channel de Calais
Toute la programmation est disponible ici.

À propos Elsa Pereira

Féminisme, intersectionnalité et théorie du genre… Rien ne l’énerve plus que le manspreading dans le métro. Elsa a beau s’intéresser aux questions qui traversent nos vies numériques, du DIY à la Slow life, elle reste très attachée au 6ème art aussi appelé les arts de la scène. Elle clame d’ailleurs avoir vu plus de 385 pièces lorsqu’elle était chez Time Out Paris et promet ne s’être jamais endormie.

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