Boire & Manger

La bouchée parfaite

Deux fois par mois, notre chroniqueuse de choc Jenny Stampa, nous parle d’une de ses lubies culinaire, musicale ou culturelle. Aujourd’hui il s’agit de la « bouchée parfaite ». Vous savez, cette dernière bouchée qui doit rassembler l’essence même du repas en entier. Non ? Vous ne savez pas ? Alors lisez !

Je dois me confesser, je suis une fétichiste, une maniaque, une accro.
Dans ma tête, c’est toujours le même mantra qui rythme mon repas.
Il me faut, pour connaître l’extase, terminer mon plat sur un orgasme, connaître l’hystérie jouissive et libératrice d’un dernier petit bout de paradis.
Je concocte alors, avec mes dernières munitions, un ultime gros fixe.
Je suis une droguée de la bouchée parfaite.

La Source

A l’origine de cette dépendance à l’apparence très simple, il y a la cuisine. Des anguilles à la nantaise de ma grand-mère, au cuisseau de chevreuil rôti par mon père, en passant par ma Ginette Mathiot de mère qui cuisinerait un bar entier les yeux fermés. Il y a de la matière. De quoi créer sa propre façon de déguster, de savourer… jusqu’à la dernière bouchée.

Et puis Paris, quoi. Soyons honnêtes, il y a de quoi devenir taré et perdre la tête. Tellement de restaurants à tester, de pays à visiter pour le prix d’un ticket RATP, de coups de cœurs qu’on se promet de ne pas oublier, de gargotes qu’on jure de rappeler… Une sorte de Tinder x Le Fooding en définitive. De l’offre, de la demande, des coups d’un soir, des 5 à 7 et des midi crapuleux à base de ramen et yakisoba du côté de la rue Sainte Anne.

Les Faits

Et le pire, c’est que je ne déroge jamais à ma règle, qu’il s’agisse d’un kebab ou d’un médaillon de lotte servi avec son écume iodée et ses petits légumes printaniers. Chaque plat, coupelle, soucoupe, verrine, subit le même traitement, qu’il soit présenté dans une assiette en arcopal fleurie de chez mamie ou dans une céramique délicatement émaillée de chez Nousparis.

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J’identifie rapidement les ingrédients, j’étudie le dressage pour être sûre de ne rien zapper, les émulsions et les points de sauce, je soulève, je soupèse et détermine les sacrifices à opérer pour atteindre mon objectif, mon graal. Comme Rain Man, j’organise un peu mon assiette l’air de rien et… je mange. Le but de l’opération est qu’il reste de TOUT pour la dernière bouchée. LA fameuse bouchée parfaite, l’inratable. Celle qui doit garder le goût de toute notre assiette, le feu d’artifice final, qui serait gâché si l’on avait cédé à la tentation de pasticher toute la sauce avec ce merveilleux morceau de pain de campagne. Que les quantités soient frugales ou généreuses, on ne peut pas craquer. La disparition d’un goût, sur notre assiette, serait cataclysmique et déstabiliserait le tout. Et puis, la tentation de la bouchée parfaite est trop grande, et le plaisir final qu’elle procure est trop intense pour s’écarter du droit chemin.

S’ensuit un véritable travail d’équilibriste qui consiste à TOUT faire tenir sur les quatre dents de ma fourchette. Parfois, si ça ne tient pas, je fais un deal avec moi-même, je place tout dans ma bouche au fur et à mesure et je ne commence à mâcher que quand tout est bien là.
Et là, j’atteins généralement sans trop de difficulté, mon septième ciel culinaire, mon apogée.

Conclure

Voilà, maintenant que je suis sortie de mon placard de cuisine, vous savez comment je prends mon pied.
Et que je ne vous reprenne pas à me demander : « Ah, t’as laissé une olive de côté, t’en veux pas ? Je peux te la prendre ?». Mais bien sur mon mignon, te gêne pas… Un coup quatre trous, tu connais ? La fourchette. Voilà. T’as saisi. On déconne pas avec ma bouchée parfaite.

À propos jennystampa

Jenny aime les concerts qui commencent en retard, les bières locales qu'on trouve miraculeusement à la pression, les expos gargantuesques qui la nourrissent d'art. Elle aime les gens qui parlent avec passion et font des digressions, les restos qui ont un zinc et du caractère, les fleuristes et les disquaires. Elle déteste les gens qui ne se lavent pas les mains en sortant des toilettes, ceux qui parlent fort ou qui empestent le parfum. Elle voyage beaucoup, partout, goûte à tout, prend des photos surtout... et rentre chez elle, à Paris, le cœur léger, parce qu'elle habite tout simplement la plus belle ville du monde.

3 comments on “La bouchée parfaite

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai. N’hésitez pas à visiter mon univers. au plaisir

    Aimé par 1 personne

  2. ❤ ❤ ❤

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  3. Super bien écrit ! C’est parlant : la bouchée parfaite : parfaite dans la bouche, une explosion de saveurs.

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