Culture

Imitation of life : drame social budapestois

Imitation of life - Kornél Mundruczó © Proton Theatre

En Hongrie dont il est originaire, Kornél Mundruczó est connu pour être un cinéaste et un homme de théâtre exigeant, amateur d’œuvres artistiques expérimentales. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si sa dernière pièce « Imitation of life » a été jouée à Budapest au Trafó et en région parisienne à la MC93, deux lieux célèbres pour leur programmation de théâtre contemporain. « Imitation of life » se situe d’ailleurs exactement dans cette mouvance théâtrale, politique et protéiforme.

Gitans et extrême droite 

Pour cette création, Kornél Mundruczó et le Proton théâtre se sont inspirés d’un fait divers datant de 2015 à Budapest. L’agression, dans un bus, d’un Rom par un autre Rom d’extrême droite. En Hongrie, les Roms (appelés cigany, plus proche du terme de tzigane) forment une communauté honnie par une très grande majorité de Hongrois, et pas uniquement par les électeurs du Jobbik [équivalent du FN dans le pays, ndlr]. Au final, Hongrois et Roms circulent dans la ville sans jamais vraiment se rencontrer ou se parler. L’anecdote du bus est d’ailleurs symptomatique des tensions entre les deux. Quelques années plus tôt, en 2012, 700 militants d’extrême droite armés de parpaings avaient agressé la minorité Rom de Devecser (près de Veszprém à l’Ouest du pays). Depuis la Cour européenne des droits de l’Homme a exhorté maintes fois le gouvernement de János Áder (Fidesz, parti de droite conservatrice) à protéger cette minorité.

Portraits de femmes 

Le spectacle de Mundruczó ne raconte pas une version fictionnelle de l’incident du bus. Il circule à sa périphérie, s’invitant dans un appartement délabré du huitième arrondissement de Budapest (connu pour être « dangereux » parce que habité principalement par des tsiganes ). Face caméra, une femme aux traits tirés répond aux questions d’un huissier de justice venu l’expulser de son logement social. Un dialogue impossible qui finit par un long monologue sur la condition des Roms en Europe centrale et sur la question de l’identité. Puis c’est au tour d’une mère de famille d’entrer dans le décor de cet appartement dévasté, comme s’il avait été détruit par une boule de destruction.

Que reste-t-il de ces histoires ? De ces destinées ? Que racontent encore les murs de ces immeubles et de ces quartiers ? Kornél Mundruczó signe un spectacle réaliste et allégorique en même temps. Et alors qu’il met en scène un drame social, il ne semble jamais s’embarrasser de sentiments et émotions, disséquant à distance les tragédies qui se déroulent sous nos yeux. Son théâtre est pourtant très humain. En tout cas, il ne laisse pas indifférent.

Kornél Mundruczó
Kornél Mundruczó © Proton Theatre

Trois questions au metteur en scène Kornél Mundruczó 

 Pourquoi avez-vous choisi cette histoire pour votre pièce ?

Ce qui nous a intéressé dans cette histoire en tant que réalisateur et conteur, c’est qu’il s’agit d’une histoire générale plutôt que spécifique. La question de l’identité est une question à laquelle nous devons tous faire face dans notre vie. Souvent, vous devez renier votre propre identité pour pouvoir coopérer avec le système et être accepté par la société qui vous entoure. Ce qui m’intéressait dans cette histoire, c’était une autre perspective, celle des femmes, celle des mères. Je voulais faire le portrait de deux femmes, disons comme un peintre, mais au théâtre… Je voulais me concentrer sur la question de l’identité, et c’est parfaitement représenté dans cette histoire.

 En Hongrie, la communauté rom est un sujet très épineux, avez-vous eu des problèmes lors de la création de cette pièce ?

Non et je ne voulais pas non plus me concentrer sur la communauté gitane, mais sur les minorités historiques. C’est en fait ce que nous essayons de faire dans tous les projets que je réalise avec ma compagnie indépendante hongroise, Proton Theatre.

La Hongrie a la réputation d’être un pays très nationaliste, pensez-vous que c’est une réalité ?

Non la Hongrie n’est pas nationaliste, c’est un pays populiste. C’est une erreur d’utiliser un autre mot. Si on n’utilise pas les bons termes pour désigner quelque chose,  on ne peut pas le mettre à nu. Et c’est là que réside le vrai danger.

Pour en savoir plus :

Imitation of life à la MC93 

Proton Theatre 

À propos Elsa Pereira

Féminisme, intersectionnalité et théorie du genre… Rien ne l’énerve plus que le manspreading dans le métro. Elsa a beau s’intéresser aux questions qui traversent nos vies numériques, du DIY à la Slow life, elle reste très attachée au 6ème art aussi appelé les arts de la scène. Elle clame d’ailleurs avoir vu plus de 385 pièces lorsqu’elle était chez Time Out Paris et promet ne s’être jamais endormie.

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