Boire & Manger

« Je ne mange pas les biscuits qui ont un petit défaut » : Les TOC alimentaires, qui sont-ils ?

Un paquet de bonbons crocodiles à la gélatine à la main, vous piochez d’abord parmi les rouges, les meilleurs c’est bien connu, avant de faire un petit passage par les jaunes, les plus dégueu dont il faut bien se débarrasser, puis d’enchaîner avec quelques crocos verts, sans grand intérêt. Hop, vous déchirez d’un coup de dent la gélatine du dessus pour ne garder que le petit ventre blanc bien dodu, votre partie préférée. Vous pensez que cette façon dont vous venez de vous enfiler méthodiquement un paquet de bonbecs n’appartient qu’à vous ? Détrompez-vous.

Nous sommes nombreux à avoir nos petits TOC alimentaires, stratégies bizarres visant à maximiser notre plaisir, lubies étranges héritées de l’enfance, phobies irrationnelles à rendre maboule un vieux divan de psy. Nous sommes si nombreux à nous vautrer dans le TOC alimentaire que nous avons pu réaliser des portraits robots grâce à des témoignages étayés. Alors, si toi aussi tu aimes lécher l’intérieur de ton BN au lieu de croquer dedans, cet article est pour toi.

Les puristes

Contrairement à l’adepte de la bouchée parfaite, le puriste sépare le bon grain de l’ivraie, il ne mélange pas, il sépare, il organise, il classe. En bon conservateur, il aime que chaque chose soit à sa place, et que tout soit bien rangé. Dans son assiette, il mange d’abord la viande, puis la garniture. Le métissage ? C’est prendre le risque de perdre le goût de la carotte et du petit pois séparés pour aboutir à un étrange et inédit résultat (le petit protte ?). Son psy pense qu’il a un problème avec la virginité et la souillure. « Je ne mélange jamais mon riz et mes légumes, raconte @petitdino, mais ça ne me dérange pas de manger des lasagnes. C’est une règle pleine d’exceptions. » Flippant.

Les écorcheurs

Ces gens ne manquent pas de peau, au contraire, ils préfèrent la laisser de côté. Alors ils raclent, celle du magret, celle du poisson, celle du poulet, et leur assiette ressemble à la tanière d’un serpent après la mue. Idem avec les fruits. On a beau lui répéter que la peau des pommes ou des brugnons est anti-cancer, l’écorcheur s’en débarrasse et augmente le trou de la Sécu sans scrupule . Sur Twitter, une lectrice nous confie même : « Je retire la peau des raisins et les pépins avant de les manger. »

filles pain
Le pain, on en raffole !

Les pétris d’amour pour le pain

Du haut de ses 90 ans, Régine Chirache continue comme une enfant de stocker dans un coin les quignons de pain qu’elle casse de part et d’autre de la baguette, évitant ainsi que quelqu’un d’autre ne vienne les lui dérober. Il faut dire que le pain provoque chez la plupart des Français des comportements aussi compulsifs que passionnés. Dans un élan de confidence, Jennifer nous avoue : « J’aime bien manger toute la croûte du pain de mie avant d’attaquer le milieu. » Et elle précise : « Et ne me dites pas qu’il existe du pain de mie sans croûte, ce n’est PAS DU TOUT LA MÊME CHOSE. » Enfin, certains couples s’honorent de préférer, l’un le dessous, l’autre le dessus, de la baguette de pain dans une harmonie conjugal pleine d’allégresse.

Ceux qui veulent la mauvaise nouvelle avant la bonne

Prêts à tous les sacrifices, ces grands sages préfèrent garder le meilleur pour la fin. Melody cherche encore les raisons profondes et mystiques qui la poussent à agir ainsi : « Quand je mange des chips, je commence toujours par manger celles qui sont cassées, émiettées, et je garde celles intactes pour la fin ». Vous avez dit bizarre ? Richard surenchérit : « Je mange toujours ce que j’aime le moins en premier. Ça va se traduire par manger les rebords d’une pizza en premier. »

Les gâteux du goûter

Les rituels qui entourent la dégustation des biscuits du goûter sont innombrables, écho lointain hérité de notre enfance, à l’âge où l’on commence à former ses habitudes alimentaires. Ainsi votre serviteur jetait autrefois au rebut les BN avec un défaut de fabrication (genre quand le côté intérieur du biscuit se trouvait à l’extérieur) et aujourd’hui il aime casser son biscuit en morceaux avant de le manger, là où d’autres le croquent directement, parfois en entier d’un seul coup (les fous !). Notre lectrice Cécile n’est pas en reste : « Je grignote tous les contours du Petit Ecolier pour ne garder que le dit petit écolier, et lui je le mange en dernier. »
Il y a clairement une forme d’art gourmet dans la manière de manger ses biscuits, à l’image de Léna qui confie : « J’ouvre mon BN pour lécher le chocolat avant le biscuit. » Sûrement un truc freudien qui se cache là-dessous, d’ailleurs la marque Mikado a bien compris ce lien invisible et affectif qui s’établit entre le biscuit et le consommateur. Dans sa campagne de pub « le biscuit qui en dit long sur vous », elle s’amuse à recenser les profils de mangeurs (le lapin, le raffiné, la stratège, etc.) à travers ses spots télévisés.

Cucumber-Tomato
Exemple d’une femme qui aime mélanger sa nourriture, et qui n’est donc pas une « puriste »

Les contents du contenant

Notre collaboratrice et amie Zazie l’avoue : elle fait une fixette sur le fait d’adapter le contenant au contenu. Chez elle, pas question de mettre un bouillon dans tel bol et la soupe dans tel autre ! A chaque plat suffit sa peine, et ce serait un crime de lèse-majesté d’oser ne pas lui servir son thé dans cette tasse particulière et son café dans ce mug spécifique. « De la même manière, ajoute-t-elle, je déteste à l’apéro quand on sert des chips encore dans leur paquet ! » On imagine que pour elle, ce serait comme servir un steak dans sa barquette Super U.  On ne lui jettera pas la pierre, car on ne supporte plus de boire du vin dans un gobelet, et même dans un verre à moutarde. Snob ? Non, toqué.

A tous ces profils, on pourrait encore en ajouter une longue liste, à commencer par les chameaux, qui ne boivent pas d’eau pendant le repas et se contentent de boire un grand verre à la fin, mais aussi les gourmands qui dosent leur huile d’olive à la cuillère afin d’en lécher les restes, ou encore les monomaniaques qui ne jurent plus que par la recette de leur grand-mère pour faire dégorger les concombres au gros sel, et enfin les grands seigneurs, qui épargnent toujours une infime partie de leur plat afin de laisser un petit reste à donner à la poubelle. A chaque fois, ce qui nous rassemble, c’est cette joie rituelle de manger (ou de ne pas manger), bien résumée par Maud et sa folie : « Je me fais une vinaigrette échalotes quasiment tous les jours. Dès que je mange un truc, je me fais une vinaigrette. » Amen (le plateau repas).

BONUS : Au restaurant

Vous êtes assis en face de votre compagnon de table, ravi d’être là, pourtant vous ne pouvez pas vraiment parler. La raison ? Le serveur n’a pas encore pris votre commande. Au restaurant, c’est un peu comme au ciné, tant que la pub n’est pas passée, le film n’a pas vraiment commencé. Vous faites donc semblant d’écouter en hochant la tête, tout en pensant « Putain, mais il la prend sa commande ? » et aussi « Oui super tu as un nouveau job, bon regarde le menu s’il te plait, ça va pas se commander tout seul ». Idem quand votre carafe d’eau ou la corbeille de pain tardent à arriver, voire pire, quand vos assiettes n’arrivent pas en même temps. Quoi de plus odieux, regarder l’autre manger ou manger pendant qu’on vous regarde ?

Peut-être faites-vous aussi partie de ces mangeurs qui détestent commander la même chose que leur interlocuteur. Mise en situation : le serveur arrive pour prendre les commandes et vous vous retrouvez à prononcer en même temps que votre ami « le bourguignon pour moi ». Silence. Puis vous vous lancez : « Euh tu prends la même chose que moi ?  T’es sûr ? Non c’est pas grave, mais c’est dommage… » Soyons honnête, vous êtes intimement convaincu que votre plat est le meilleur, et vous n’avez même pas spécialement envie de goûter celui de votre ami, alors pourquoi le priver de manger comme vous ? Par principe, pour explorer les possibilités, pour profiter de la carte à fond, pour ne pas avoir l’air de deux couillons qui font tout pareil. Bon tout ça n’est pas très convaincant : vous êtes un tyran, voilà tout.

Article rédigé avec la formidable et toquée Zazie Tavitian.

Râleur professionnel, ce en quoi il épouse parfaitement son biotope parisien, Emmanuel déteste lorsqu'un Vélib' est coincé sur la plus petite vitesse ou quand le facteur laisse un avis de passage alors qu'il était chez lui. Comme le médecin, il est généraliste, écrivant autant sur la remasterisation CD de l'intégrale de Françoise Hardy que sur la définition introuvable de la vraie bière artisanale. Fan de Javier Pastore et de Marcel Proust, il joint la beauferie à la pédanterie, ce qui lui vaut de déranger dans le microcosme des amateurs de héros malades.

3 comments on “« Je ne mange pas les biscuits qui ont un petit défaut » : Les TOC alimentaires, qui sont-ils ?

  1. J’aime beaucoup votre blog. Un plaisir de venir flâner sur vos pages. Une belle découverte. blog très intéressant. Je reviendrai. N’hésitez pas à visiter mon univers. Au plaisir

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  2. Ping : La discrète arnaque des cafés coworking à Paris – SAUMON

  3. Hilarant

    Génial, sauf que ce ne sont pas des TOC, qui eux sont une vrai souffrance pour les personnes qui les subissent au quotidien et pas le sujet d’un article rigolo sur saumon-paris. MERCI.

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