Culture Musique

Rock et glam : King Tuff est le roi de la teuf

King Tuff revient aujourd'hui avec une grâce infinie et des chansons parfaites

Que celui qui ne connaît pas King Tuff se dénonce ! Son troisième album chez Sub Pop vient de paraître (son tout premier, ‘Was Dead’, avait été publié par Colonel Records puis par Burger) et il s’impose comme l’un des meilleurs disques de l’année.

Sub Pop, c’est bien entendu le label mythique des débuts du grunge, des premiers disques de Nirvana, Mudhoney et Soundgarden, mais c’est aussi l’antre de nouveaux chevaliers du rock, Hot Snakes, Kyle Craft, Metz, Shearwater, ou… King Tuff, donc. On avait adoré son disque éponyme paru en 2012, à l’énergie rock’n’roll toute spontanée, mélange de folk-rock et de glam décomplexé, de guitares acoustique et électrique. Le disque démontrait un redoutable et nerveux songwriting, fait pour danser frénétiquement en secouant la tête. Deux ans plus tard, ‘Black Moon Spell’ prenait un virage plus hard, il épaississait le trait grunge avec un peu moins de saveur, tout en conservant les bases, cette couleur seventies qu’affectionne le chanteur-compositeur Kyle Thomas.

Alors le bonhomme revient aujourd’hui avec une grâce infinie et des chansons parfaites. Le disque s’ouvre sur une curiosité, cette ballade magnifique et triste, le crépusculaire « The Other », introspection existentielle du chanteur en panne d’inspiration, en panne de souffle de vie. Le clip, tout aussi beau, n’est qu’un plan séquence où des silhouettes en ombre chinoise se découpent sur un coucher de soleil. Le chanteur sort d’une voiture et se pose pour jouer sur un clavier, sans doute un Wurlitzer, alors que la caméra se rapproche et que des oiseaux commencent à voler autour de lui. Les paroles évoquent « The Other », l’altérité fondamentale, le lieu mystérieux d’où viennent l’inspiration et les chansons, et que King Tuff finit par retrouver après un long périple.

Tout l’album tient dans cette idée : après avoir touché du doigt l’absurdité de la vie, après avoir tout remis en question, le musicien peut d’autant mieux élever son art à un rang supérieur. Dans l’excellent « Psycho Star », single à la basse dansante et aux échos bowiens, Kyle Thomas chante « the universe is probably an illusion, but isn’t it so beautifully bizarre that here we are… » Revenu de ce sentiment d’abandon, où l’humanité apparaît dans sa solitude absolue, l’artiste trouve son rôle, celui de donner un sens, même imparfait, à la vie. Les autres chansons sont donc légères et profondes à la fois, à la fois funky (« Raindrop Blue » et son saxo), folk (« Infinite Mile » avec Ty Segall et Kevin Morby aux choeurs), glam (« Thru The Cracks », « Birds of Paradise »), et un beau quatuor de morceaux pour finir le disque.

Arrêtons-nous cinq secondes sur ces chansons : l’acoustique « Circuits in the Sand » ressemble à du Cake en train de reprendre Gloria Gaynor (pour vous donner une idée), tandis que le formidable « Ultraviolet » tourne autour d’un riff super catchy qui n’est pas sans rappeler celui de « Hell’s Bells » d’AC/DC. On adore aussi « Neverending Sunshine », avec ce refrain quasiment Bee Gees, et son lot de sonorités funky wah-wah, où les différents synthés de King Tuff font un effet boeuf. Enfin l’album se clôt sur « No Man’s Land » et cette impression d’entendre un gospel d’Elvis Presley en version psychédélique. Evidemment, le propos de King Tuff a évolué depuis 2012 et certains l’accusent volontiers d’être devenu commercial, d’avoir produit des tubes spécial promo qui diluent son talent dans la pop. C’est avoir juste survolé le disque d’une part, et surtout mépriser vainement l’art de ciseler un air intemporel, le fameux « ça se chante et ça se danse, ça revient, ça se retient comme une chanson populaire », belle définition appliquée ici à la lettre.

Râleur professionnel, ce en quoi il épouse parfaitement son biotope parisien, Emmanuel déteste lorsqu'un Vélib' est coincé sur la plus petite vitesse ou quand le facteur laisse un avis de passage alors qu'il était chez lui. Comme le médecin, il est généraliste, écrivant autant sur la remasterisation CD de l'intégrale de Françoise Hardy que sur la définition introuvable de la vraie bière artisanale. Fan de Javier Pastore et de Marcel Proust, il joint la beauferie à la pédanterie, ce qui lui vaut de déranger dans le microcosme des amateurs de héros malades.

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