PMA
Pamphlet

36 ans, sans enfant

Biberonnée au féminisme depuis mon adolescence parisienne, j’ai toujours levé les yeux au ciel lorsque j’entendais parler d’horloge biologique.

« Un enfant, si je veux, quand je veux », disait l’affiche du Mouvement français pour le planning familial en 1978. Biberonnée au féminisme depuis mon adolescence parisienne, j’ai toujours levé les yeux au ciel lorsque j’entendais parler d’horloge biologique. Dans ma petite tête d’ado puis de jeune femme indépendante, cette histoire d’horloge n’était qu’un résidu nauséabond du patriarcat. Je suis née en 1981 et j’ai grandi avec ce sentiment puissant que j’étais la seule maîtresse de mon corps. Les féministes des années 1970 avaient réussi à me « libérer ». Dès 16 ans, je savais où se situait le Planning familial le plus proche de chez moi, et même si j’ai eu 6 en biologie au bac j’ai très vite su où était mon utérus et comment renouveler ma pilule contraceptive.

Un enfant ?  Pas le temps

Dans le discours que j’entendais – et que surtout je comprenais – il n’y avait rien de pire pour une femme que de tomber enceinte avant ses 30 ans. J’ai donc passé ma vingtaine à flipper avant et après mes règles, je me suis même retrouvée avec un bras dans le plâtre parce que j’avais oublié ma pilule chez moi et que dans la précipitation en courant, j’ai manqué le trottoir. Parce qu’il ne fallait SURTOUT PAS tomber enceinte. De toute façon, j’avais le temps, pas besoin de se presser. Parce qu’avant tout ça, il faut se dépatouiller avec les premières relations amoureuses sérieuses et surtout réussir ses études. Puis une fois que l’on a décroché ses diplômes, il faut chercher des stages, puis un boulot. Dans cette trajectoire compliquée, semée d’embûches, où trouve-ton le temps de faire un enfant, de le penser dans son corps ? Je ne dis pas que pour les hommes l’itinéraire mental est plus simple, mais il est différent, d’abord parce qu’il n’immobilise pas physiquement le corps. Il n’est pas visible aux yeux de tous. Il représente d’autres angoisses, mais pas celle de la mise en parenthèse.

Et toi tu t'y mets quand ?
Et toi tu t’y mets quand ? / Flammarion

Génération YOLO

Il n’y avait tout simplement pas de place dans mon agenda, ne serait-ce que pour l’idée d’une grossesse. La société de consommation aidant, j’étais d’ailleurs davantage intéressée par l’idée de profiter de la vie. Ce foutu carpe diem que ma génération a brandi comme réponse à tout. On n’aura pas de retraite, on n’aura pas de boulot, alors yolo hein. Dans l’imaginaire commun, c’est encore si cool de pouvoir faire ce que tu veux de ta vie. Se lever à 11h le dimanche matin, traverser l’Europe avec une bande de copines, enchaîner les rendez-vous sur Tinder. Dans son nouvel ouvrage« Et toi tu t’y mets quand ? », la journaliste Myriam Levain raconte comment à 35 ans, elle a décidé de conserver ses ovocytes. Mais avant de nous emmener avec elle en Espace, elle y détaille sa vie de célibataire sans enfant, les virées en voiture avec ses copines au Portugal et ses gueules de bois du lendemain…

Faut-il vraiment renoncer aux apéros lorsque l’on devient parent ? 

La société, les médias, les films n’ont cessé de nous peindre deux versants d’une histoire. D’un côté, les couples jeunes parents, une couche sale sur la tête, débordés par leur parentalité et exténués par le manque de sommeil, et de l’autre la vie de patachon des sans enfants, un cocktail dans une main et la clope dans l’autre. On a envie de rester jeune (dans son corps et dans sa tête) le plus longtemps possible, de passer sa trentaine comme on a vécu sa vingtaine et même en mieux puisqu’on a plus de moyens financiers. Résultat ? Notre radar interne est brouillé par une pression sociale qui nous incite à profiter de la vie et en même temps nous harcèle si nous n’avons pas d’enfant à 35 ans. Sauf que le corps, lui, ne connaît aucun autre rythme que le sien. La maternité ne pouvant se procrastiner à l’infini.  Si on veut faire des enfants, il ne faut pas attendre pour se renseigner sur ses chances et sur d’éventuels problèmes (endométriose, syndrome des ovaires polykystiques, stérilité, fibromes etc). Quitte justement à faire vitrifier à l’étranger ses ovocytes. Car comme le raconte la journaliste Myriam Levain, même dans un cas de PMA, il vaut mieux ne pas attendre. En France, par exemple, la conservation des ovocytes est impossible au-delà des 38 ans et uniquement en cas de don.

Un enfant si je veux quand je veux
MFPF

Alors quoi ? 

La seule chose à savoir, c’est que comme souvent dans la vie, il ne faut pas trop tarder à savoir ce que l’on veut. Et que si on veut tomber enceinte un jour, il ne faut pas croire qu’on a la vie devant soi pour le devenir. Pour l’instant, la PMA n’est pas ouverte à toutes (bientôt, on espère !) et surtout, elle n’est pas une solution pour tout le monde.

J’ai longtemps cru dans le slogan du planning familial « Un enfant, si je veux, quand je veux », et je me rends compte aujourd’hui qu’il n’est que partiellement vrai et qu’il parlait à une autre génération de femmes. Celles qui ne savaient pas qu’elles avaient le choix. Pour moi, la seule chose en laquelle il faut croire, c’est en son échographie pelvienne, un examen qui consiste (entre autres) à vérifier l’état de ses ovaires et de son utérus. Alors même si vous ne voulez pas d’enfant ni aujourd’hui, ni demain, allez quand même voir un bon gynéco (posez lui des questions, documentez-vous) et apprenez à connaître votre corps, pour que si un jour tout change, vous sachiez à quoi vous attendre.

À propos Elsa Pereira

Féminisme, intersectionnalité et théorie du genre… Rien ne l’énerve plus que le manspreading dans le métro. Elsa a beau s’intéresser aux questions qui traversent nos vies numériques, du DIY à la Slow life, elle reste très attachée au 6ème art aussi appelé les arts de la scène. Elle clame d’ailleurs avoir vu plus de 385 pièces lorsqu’elle était chez Time Out Paris et promet ne s’être jamais endormie.

1 comment on “36 ans, sans enfant

  1. Leslie Abram

    Clairement c’est pas simple outre le corps c’est la façon dont on nous faire croire effectivement qu’on peut tout avoir et facilement sans encombre, sans lutte …quelques soit le choix ça sera jamais facile :/ Article qui soulève une questions vraiment pas facile 😮

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :