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Carnet de voyage : Porto, Portugal

Lisez cet article avant de monter dans l'avion pour Porto.

Seconde agglomération du pays après Lisbonne, Porto n’a pas toujours été si fringante. Elle a d’ailleurs connu des années compliquées souffrant à la fois d’insécurité et de pauvreté, laissant son patrimoine architectural à l’abandon. La lumineuse Lisbonne lui dérobait trop souvent la vedette. Sans aides financières de taille et avec un tourisme réduit, Porto ne réussissait pas à remonter à la surface. C’est dorénavant chose révolue. Merci qui ?

Les touristes qui découvraient  Porto après Lisbonne la trouvait austère, délabrée et triste. Pleine d’âme mais désuète. Un peu comme le fado, en somme. Un adage se moque d’ailleurs gentiment du rapport de force qui existe entre les deux villes portugaises :  » Pendant que Lisbonne se fait belle, Coïmbra étudie, Braga prie et Porto travaille « dit-on au Portugal.

Foz do Douro

Hommage à Francisco Sá de Carneiro 

Pourtant depuis quelques années, Porto exerce une mutation extraordinaire, à l’instar de Lisbonne qui après l’exposition universelle de 1998 a totalement changé de visage et draine chaque année des millions de touristes, près de 21 millions en 2017.

Autant dire qu’on n’entend plus beaucoup parler le portugais dans les rues d’Alfama. Même son de cloche à Porto au cœur de l’été 2018, rua des Flores, des grappes de Français cherchent un coin pour goûter les fameuses francesinhas (une sorte de croque-monsieur sur-protéiné, spécialité de la ville). Il y a quelques années, dans le quartier de la cathédrale, on se sentait autant en sécurité que dans Central Park à New York dans les années 1980. « Autrefois, les habitants de Porto avaient peur de se rendre dans le centre ville », raconte Ricardo, Portuense de gema (Portuan de soucheet chauffeur de VTC. Selon lui, ce n’est pas tant l’élection de Porto en capitale européenne de la culture en 2001 qui a pesé dans la balance mais la rénovation de l’aéroport qui a tout changé. « A l’époque, nous nous sommes battu avec Lisbonne pour avoir les aides financières pour refaire l’aéroport. Avec le nouvel aéroport, de nouvelles compagnies low cost sont arrivées. Ce sont les jeunes d’Europe du Nord qui ont mis en branle le tourisme dans la région. » Avec ses 8 millions de voyageurs par an et son architecture ultra moderne, l’aéroport Francisco Sá de Carneiro a été élu en 2016 « meilleur aéroport d’Europe » par le Conseil international des aéroports.

Porto s’uniformise-t-elle ? 

La mutation amorcée, Porto a rapidement saisi l’opportunité, lancé de nombreux travaux. Et tout s’accélère, les magnifiques azulejos de la gare São Bento sont décapés, la salle de spectacle Casa da Música voit le jour en 2005, les gargotes de la rua des Flores se transforment en boutiques… Si Porto avec ses 1,5 millions de touristes ne s’est pas encore hissé au niveau de Lisbonne, elle souffre déjà des inconvénients du tourisme de masse. Dorénavant l’accès à la magnifique librairie Lello est payant, même chose pour la fameuse église gothique São Francisco, devenue musée. On fait désormais la queue pour la Tour des Clercs, pour visiter les caves de Porto de l’autre côté de la rive. Des associations d’habitants se réunissent et manifestent également pour lutter contre l’inflation des loyers due à la présence écrasante d’Airbnb dans la ville.

Porto
Cher tourist, Le revenu minimum au Portugal est de 580 euros. Un studio se loue au Portugal 400 euros ou plus. Demandez à votre hôte comment il vit ?

Selon Lúcia Pedro, maître de conférence à la faculté d’architecture de l’université de Porto, la casa da Música, dessinée par l’architecte néerlandais Rem Koolhaas, n’a aucune caractéristique de l’architecture typique portugaise. Immense bloc de béton armé, cette salle aux lignes hyper contemporaines et à l’acoustique révolutionnaire rappelle plus volontiers le décor berlinois que le gothique portugais…  Le tourisme n’a pas seulement renfloué les caisses de l’agglomération, il a modifié l’ADN de la ville. »Ce phénomène se produit essentiellement en raison de la nécessité pour la ville d’établir un lien de plus en plus étroit avec les touristes, principalement internationaux. (…). [NDLR : Les espaces comme la Casa da Música ou la rua des Flores] s’approchent d’une image de plus en plus internationalisée au détriment d’une image traditionnelle. »

Sur Instagram, les touristes célèbrent pourtant ce qui rend Porto unique, les murs azurs de la Capela das Almas, la vue plongeante sur le Douro depuis le Pont Dom-Luís, les trottoirs recouverts de pavés carrés.

« Je me rends compte que Porto a changé mais pour rien au monde je reviendrais en arrière » conclut Ricardo.

Carnet d’adresses 

Que voir (à part les gros hits touristiques : cathédrales, gares et ponts à gogo) ? 

Fondation Serralves 
Fondation Serralves

Fondation Serralves
Fondation Serralves © EP

Ce musée d’art contemporain est entouré d’un parc magnifique et de sculptures.
Rua D. João de Castro, 210 – 4150-417 Porto Portugal

Foz do Douro

Foz do Douro

Ce quartier de Porto tourné vers l’océan propose de très jolies plages et quelques curiosités comme le Castelo de Queijo et le Forte de São João Baptista. Une promenade qui permet de respirer un peu lorsqu’il fait très chaud dans la ville.

Où manger ? Où boire? 

Brick ClérigoA deux de la Tour, ce restaurant de poche propose sur sa grande table centrale une gastronomie fusion gorgée de fruits, de vitamines et de bidoche fondante L’endroit est minuscule et le quartier touristique, pensez à réserver.  R. Campo dos Mártires da Pátria 103

BOP guide Porto
BOP © EP


BOP – Des burgers au milieu des vinyles. Pas très typique mais bonne ambiance et pas très touristique. Rua da Firmeza 575
A Letraria – Une brasserie artisanale du nord du Portugal. Au sous-sol du bar, un petit jardin intérieur permet de boire son IPA sous les étoiles. Rua da Alegria 101
Armazém – Le paradis de la chine. Après avoir débusqué quelques trésors, on se pose à l’entrée pour boire une Super Bock bien fraîche.  Rua de Miragaia 93
Guindalense football club – On a beaucoup hésité à vous refiler cette adresse. Le meilleur bar en rooftop de Porto, c’est lui, ce bar PMU avec des chaises en plastique et de la bière pression moins chère que l’eau. La vue sur le Pont Dom-Luìs est sublime…. Escada dos Guindais 

Où dépenser ses euros ? 

The Feeting room
The Feeting room
A Vida Portuguesa, l’artisanat portugais version luxe. Parfait pour un cadeau « typique » Rua da Galeria de Paris 20
Coração Alecrim, même combat artisanal qu’A Vida Portuguesa en un peu moins célèbre. Dans cette très jolie boutique de hispter portugais, on trouve des vêtements, de la céramique, des sacs… Travessa de Cedofeita 28
Guide Porto
Coração Alecrim
Ó ! Galeria, l’équivalent de la Slow Galerie à Paris. L’antre des sérigraphies pop. Rua de Miguel Bombarda 61
La Paz, prêt-à-porter pour quadra CSP+. Des fringues pour hommes magnifiques mais trop onéreuses. La boutique vaut le détour.  Rua da Reboleira 23
The Feeting room, un mini Colette version Porto. Largo dos Lóios 86

À propos Elsa Pereira

Féminisme, intersectionnalité et théorie du genre… Rien ne l’énerve plus que le manspreading dans le métro. Elsa a beau s’intéresser aux questions qui traversent nos vies numériques, du DIY à la Slow life, elle reste très attachée au 6ème art aussi appelé les arts de la scène. Elle clame d’ailleurs avoir vu plus de 385 pièces lorsqu’elle était chez Time Out Paris et promet ne s’être jamais endormie.

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