Culture Pamphlet

Vive le Selfie au musée !

Experte ès Art, notre nouvelle recrue Camille Jouneaux décortique pour Saumon nos petites manies au musée. Dans cette première chronique, elle réhabilite un sacrilège : le selfie au musée. 

Alors que les musées et autres espaces culturels se dynamisent pour accueillir des publics de plus en plus connectés, force est de constater que ces lieux se remplissent de smartphones, tablettes et autres appareils. L’arrivée de ces publics et de leurs nouveaux usages dans les couloirs feutrés des musées viennent bouleverser les comportements habituels et peuvent vite agacer. Que celui ou celle qui n’a jamais jeté un regard désapprobateur à l’ado qui préfère se prendre en photo devant la Joconde plutôt que de la contempler me jette la première pierre…

On se surprend alors à juger la jeunesse qui veut faire du like sur Instagram à coup de selfie arty, on s’agace de ces gens qui soignent leur vanité plus que leur culture et qui vous passent devant pour prendre leur-photo-en-plus-non-mais-franchement… Et sans s’en rendre compte, qu’est-ce qu’on devient ? Un vieux con ou une vieille conne. A même pas 40 ans, c’est les boules non ?

Les plus conscients des nouveaux enjeux muséaux me diront que si les institutions culturelles offraient des expériences plus adaptées aux jeunes publics et qu’on trouvait d’autres moyens de les intéresser à la culture, cette nouvelle population de visiteurs serait sans doute plus attentive et engagée. Il y a indéniablement du vrai dans cela et les institutions culturelles doivent adapter leur médiation culturelle aux nouvelles technologies et aux attentes de ces publics. Mais à l’heure où le nombre de selfies publiés chaque année se compte en milliards, où de nouveaux lieux sont avant tout conçus pour des expériences instagrammables et où vous êtes 41% à préférer votre téléphone à la gaudriole, faut-il tenter de dompter ces comportements dans les lieux culturels ou nous interroger sur notre propension à juger trop vite une mode devenue usage courant ?

Car les musées sont des lieux publics qui doivent vivre avec leur temps pour subsister et non rester empêtrés dans des codes que seuls les initiés maîtrisent. Et, car oui, les jeunes sont intéressés par la culture, mais différemment : aux états-unis, ils seraient 44% de 18-24 ans à découvrir l’art par les réseaux sociaux, et 57% à envisager d’acheter une œuvre en ligne.

MOIC - selfie au musée

Alors,on ne va pas faire de l’angélisme et s’imaginer que tous les visiteurs connectés qui circulent dans les salles du Musée d’Orsay ou du MoMA creuseront l’histoire de l’œuvre qui figure en arrière-plan de leur moue boudeuse. Mais qui vous dit qu’au cours de leur visite, ils ne puissent s’ébahir devant l’audace d’un Ai Wei Wei ou la flamboyance d’un Picasso, et jeter un œil un peu moins distrait au cartel de l’œuvre qui a capté leur regard ? Et si cela arrive, c’est déjà ça de pris.

Inversement, si les Infinity Rooms de Yayoi Kusama suscitent autant d’enthousiasme et incitent à la découverte culturelle, n’est-ce pas aussi pour leur nature intrinsèquement expérientielle et visuelle ? Et puis quoi ? Se prendre en photo devant un lieu ou une oeuvre qui retient notre attention, c’est aussi se créer un souvenir propre à soi, plutôt que de se retrouver à la fin des vacances avec une galerie photo qui ressemble à la collection de cartes postales que vous trouverez à la sortie du musée.

#InfinityRoom
Captures écran Instagram des résultats de recherche pour #InfinityRoom, expérience artistique créée par Yayoi Kusama

Alors tâchons de faire preuve de discernement entre les nouveaux usages et les comportements réellement déplacés au sein d’espaces culturels. Une fois qu’on a laissé nos jugements au placard, on peut regarder les choses avec un peu plus de bienveillance.

En revanche, la perche à selfie, c’est non. Et ça n’est même pas parce qu’on est en 2018 et qu’on vous juge, c’est non, parce qu’on a vite fait d’éborgner une Vénus, ou à défaut un autre touriste. Et regarder un tableau avec un seul œil, c’est quand même pénible, à 20 comme à 40 ans.

Camille use principalement les semelles de ses baskets dans les salles des musées parisiens, le Louvre c'est sa deuxième maison. Sa théorie : l'art c'est comme le vin, les vrais passionnés aiment toutes les couleurs et tous les âges. Rien ne l'agace plus que les expositions obscures et pompeuses, elle milite pour la vulgarisation de la culture et l'accès pour tous. Bretonne en exil volontaire à Paris, elle est sans cesse tiraillée entre l'effervescence de la capitale et l'appel de la crêpe au beurre.

0 comments on “Vive le Selfie au musée !

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :