Culture

Les licornes sont méchantes au musée de Cluny

Si on vous dit “licorne”, vous pensez forcément à cette créature merveilleuse au pelage nacré qui s’ébat dans votre timeline, en laissant derrière elle des traînées de paillettes. L’heure est peut-être venue de pourfendre ce cliché.

Alors que son hôtel médiéval est fermé pour travaux, le musée de Cluny nous fait patienter avec une courte mais sympathique exposition, “Magiques Licornes”, qui s’y tient jusqu’au 25 février 2019. Le parcours revient sur les origines de la créature et mène le visiteur à l’oeuvre phare du lieu : la tenture de la Dame à la Licorne. C’est l’occasion d’en apprendre des vertes et des pas mûres sur l’équidé fétiche des Internets, et de tordre le cou à quelques idées reçues.

Hortus Sanitatis
Hortus Sanitatis, Johannes de Cuba J. Meydenbach ©BIU santé

La licorne est un animal fougueux et bondissant

Que nenni ! Au moyen-âge, c’est un symbole de tempérance. On la représente aux côtés d’individus pour montrer leur capacité à dominer leurs désirs et leurs passions. Grosso modo, aujourd’hui, on l’assimilerait à cet ami un peu chiant raisonnable, que vous n’arrivez jamais à convaincre de prendre le dernier verre de trop.

La licorne est douce et gentille

Pas du tout ! Et c’est bien LE truc dont on ne se doutait pas à son sujet. Eh oui, la licorne est un animal sauvage, voire agressif, malfaisant, qui doit être dompté. Les chrétiens priaient pour lui échapper : “Délivre-moi de la gueule du lion, et réponds-moi [en me retirant] d’entre les cornes des licornes.” (psaume 22.21).

Coffret Chasse à la licorne
Coffret Chasse à la licorne bois fin 15e siècle © RMN – Grand Palais – (Musée de Cluny – musée National du moyen-âge) / J-G Berizzi

L’exposition présente même un coffret en bois qui raconte une fable sur les rapports homme-femme ; à la fin de l’histoire, la licorne se change en épouse autoritaire, c’est dire la sale bête que c’était… Pas étonnant que 500 ans plus tard, on galère encore avec l’égalité des sexes.

La licorne fait partie de l’imaginaire païen

L’exposition propose également des illustrations religieuses valorisant les licornes. Un problème de traduction de l’hébreu au latin en passant par le grec a fait figurer l’animal magique au rang des créations de Dieu dans la bible médiévale.

C’est aussi un symbole de chasteté (on aime le double-sens au Moyen-Âge) qui apparaît dans des scènes de l’Annonciation. L’Annonciation c’est le moment ClearBlue de la Bible où l’Archange Gabriel vient apprendre à Marie qu’elle est enceinte. Or, comme vous le savez, elle n’a point fauté avec Joseph et la virginale licorne l’atteste par sa présence.

La licorne est une invention du Moyen-Age

Non plus ! Bien que l’animal possède une place de choix dans les récits médiévaux, on en trouve des mentions jusque dans les récits antiques. En revanche, on était loin du cheval blanc majestueux à corne qui nous vient tous à l’esprit, l’auteur romain Pline l’Ancien évoquait un animal à tête de cerf et aux pieds d’éléphant, pour la grâce et la beauté, vous repasserez.

A noter d’ailleurs que si elle est devenue immaculée en France, l’Italie du XVe siècle conservait, elle, l’image d’une licorne brune et velue.

La Vierge et la chasse à la licorne, enluminure sur parchemin
Livre d’heures dit de Yolande d’Aragon :  » La Vierge et la chasse à la licorne » vers 1460-1470 © Bibliothèque Méjanes, Aix-en-Provence

La licorne est redevenue à la mode grâce aux Internets

Si à partir du XIXe siècle, elle est gentiment raccompagnée au bestiaire des animaux imaginaires par la science, elle n’a cessé d’inspirer. La redécouverte de l’ensemble de tapisseries de la Dame à la Licorne par Mérimée en 1841 attire l’attention d’artistes tels que George Sand, Gustave Moreau, ou plus tard Le Corbusier ou Jean Cocteau. Alors si les Internets en ont fait une reine, elle n’a point attendu le royaume numérique pour régner sur les esprits.

Et c’est au terme de ce parcours qui s’étend sur deux salles que vous pourrez découvrir la fameuse tenture. On l’a vue maintes fois, et même jusque dans la salle de Gryffondor dans les films de la franchise Harry Potter, mais sous les lumières tamisées du musée de Cluny, elle n’a rien perdu en majesté, et si vous y êtes venu de votre plein gré, vous aurez tout de même l’impression que c’est elle qui vous a convoqué.

Magiques Licornes
Musée de Cluny, jusqu’au 25 février 2019 

Camille use principalement les semelles de ses baskets dans les salles des musées parisiens, le Louvre c'est sa deuxième maison. Sa théorie : l'art c'est comme le vin, les vrais passionnés aiment toutes les couleurs et tous les âges. Rien ne l'agace plus que les expositions obscures et pompeuses, elle milite pour la vulgarisation de la culture et l'accès pour tous. Bretonne en exil volontaire à Paris, elle est sans cesse tiraillée entre l'effervescence de la capitale et l'appel de la crêpe au beurre.

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