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Me too, PMA, Nous toutes : un an de luttes féministes en France

Quelques jours après la marche contre les violences faites aux femmes, retour sur un an de luttes féministes.

Quels impacts l’affaire Weinstein et le hashtag balance ton porc ont-ils réellement eu sur notre société ? A-t-on enregistré davantage de plaintes et de condamnations pour sexisme ? La misogynie a-t-elle reculé en entreprise ? Le harcèlement de rue a-t-il cessé d’être considéré comme un droit d’importuner ? Quelques jours après la marche contre les violences faites aux femmes, retour sur un an de luttes féministes.

Harvey Weinstein Paid Off Sexual Harassment Accusers for Decades*.

Le premier article du New York Times sur l’affaire Weinstein date du 5 octobre 2017.  Depuis, des centaines d’éditos, de témoignages et de papiers ont été écrits. Depuis Kevin Spacey ne joue plus dans House of cards, Bill Cosby a été envoyé en prison et Jean-Claude Arnault condamné à deux ans d’emprisonnement en Suède. « Aux États-Unis, certains sont tombés. En France, si les pratiques suivent et évoluent doucement, les hommes condamnés par la justice ne sont légion pour l’instant » déplore Clémentine Gallot, journaliste et fondatrice de la newsletter et podcast féministe Quoi de meuf ?. Roman Polanksi est toujours très soutenu par la « grande famille du cinéma français », Tariq Ramadan (accusé de viols) a été remis en liberté, la plainte pour viol contre Gérald Darmanin classée sans suite…

Pour rappel, en France en 2016, 225 000 femmes ont porté plainte pour agressions physiques ou sexuelles par leur conjoint ou ex-partenaire et 123 femmes sont mortes de ces mêmes violences. Or les condamnations en France sont inférieures à 10% des violences subies. A Paris, les huit premiers mois de 2018, les violences sexuelles ont augmenté de 28,5 %. « Comment expliquer, alors, qu’en France en dix ans le nombre de condamnations pour viol a chuté de 40 % et celles pour agression sexuelle de 20 % ? » se questionnent Jean-Baptiste Jacquin et Emeline Cazi dans Le Monde du 6 octobre 2018.

Liberté, égalité, sororité

Les mouvements féministes nés après l’affaire Weinstein n’ont visiblement en France trouvé aucun écho du côté du Palais de Justice. En Irlande, on brandit encore des strings pour nuire à une victime de viol. Pourtant, si les agresseurs ne sont pas tous derrière des barreaux, de nombreuses choses ont changé depuis le tweet de Sandra Muller.

Selon moi, le mouvement #metoo a sensiblement modifié l’écosystème. Il a participé à créer un terreau fertile à de nouveaux partis pris féministes. L’exposition de drames communs sur les réseaux sociaux a fait naître un besoin universel de sororité (pas pour toutes malheureusement). Parler, écouter et partager pour guérir, ensemble, de longues années d’oppressions et de violences. Combien de femmes se sont senties affreusement seule face à un harceleur, violeur ou agresseur ? Comment se défendre lorsque son bourreau est considéré comme le sexe fort par toute une société misogyne ? « Mine de rien, nous avons intégré le stéréotype selon lequel les filles sont des pestes entre elles. J’ai l’impression qu’aujourd’hui, on a moins peur de se souder les unes aux autres et de s’entraider si besoin » confie Charlotte Arce, journaliste et militante féministe.

Une sororité nouvellement défendue qui n’a pas seulement irradié la sphère des luttes contre les violences sexistes mais a également déteint sur l’intime. Règles, PMA, endométriose, SOPK, on a jamais autant parlé d’acceptation de soi, de lutte contre la dépréciation du féminin, des tabous qui encerclent le corps des femmes. Jack Parker qui écrit sur son blog Passion menstrues depuis 2015, publie son livre Le Grand mystère des règles en mai 2017.

Les étoiles se sont alignées. Mona Chollet fait le tour des rédactions avec son essai sur les sorcières, Jennifer Padjemi lance son podcast « sur les représentations, la beauté, le corps, et les normes portées par les médias, la société ou le regard des autres » Miroir Miroir à la rentrée scolaire 2018, la rédaction web de Marie Claire menée par la journaliste Clarence Edgard-Rosa opère un virage 100% féministe…

Au Festival Sang Rancune, on se souvient encore de l’époque où l’on cachait son tampon dans sa paume de main pour aller aux toilettes. « Parler des règles ça revient à briser un autre grand tabou féminin, explique Léa Drouelle, journaliste pour le site féministe Terra Femina. On nous a appris à en avoir honte pendant si longtemps. C’est le même principe pour Me Too, même si le sujet est différent, on retrouve cette notion de honte et donc de tabou. »

Récits à la première personne 

Oser parler de soi, ne plus avoir honte de son corps et de ses différences, en assumer les « failles » aussi. En août 2017, la blogueuse Garance Doré signait une sublime tribune pour la Lenny Letter racontant comment après de longues années de PMA elle avait rompu avec son désir de devenir mère. Au milieu des photos Instagram de couples joyeux et de bébés rebondis, ce témoignage en pleine cicatrisation était précieux. Il marquait le début d’une forme réappropriation du discours. En septembre 2018, c’était au tour de la blogueuse et créatrice Fringe and Frange de raconter « son parcours de PMA ». Presque à la même période Anne-Solange Tardy, une autre blogueuse, publiait son Journal de PMA.  Des confessions intimes qui ont participé à créer un récit commun basé non pas sur la perfection du corps féminin mais sur l’inclusivité.

Ces articles de blog ne sont pas seulement autobiographiques, ils ne sont pas seulement touchants, ils sont militants. Ils font, à mon sens, partie de l’héritage de Me Too, un refus brutal de l’objectivation de la femme. Un retour à la première personne. Au je, au nous.

À propos Elsa Pereira

Féminisme, intersectionnalité et théorie du genre… Rien ne l’énerve plus que le manspreading dans le métro. Elsa a beau s’intéresser aux questions qui traversent nos vies numériques, du DIY à la Slow life, elle reste très attachée au 6ème art aussi appelé les arts de la scène. Elle clame d’ailleurs avoir vu plus de 385 pièces lorsqu’elle était chez Time Out Paris et promet ne s’être jamais endormie.

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