Enchères à Drouout
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Sous le marteau du commissaire-priseur

Les ventes aux enchères nous concernent bien plus près que l’on ne le pense...

Si on vous dit que les spéculations du marché de l’art ont une influence sur la prochaine expo que vous irez voir, cela vous paraît aberrant ? C’est pourtant vrai.

Le sujet des ventes aux enchères force bien souvent la curiosité, si ce n’est l’admiration, tant on y adosse des clichés croustillants à base de trésors cachés et d’oeuvres inestimables pour lesquelles des enchérisseurs se battent à coup de millions de dollars. La télévision ne s’y est d’ailleurs pas trompée et fait ses choux gras de ces images d’Epinal avec “Un trésor dans votre maison” qui a sévi sur M6 pendant 10 ans et l’actuel “Affaire Conclue” de France 2 qui rafle 20% de parts de marché, un record. Mais une fois que l’on s’est allègrement vautré dans cette caverne aux merveilles imaginaire, que se cache-t-il sous le marteau du commissaire-priseur ?

Eh bien, le monde se divise en deux catégories comme dirait Clint Eastwood : d’un côté les ventes aux enchères de tous les jours et de l’autre les ventes événements qui font les gros titres et qui dans une certaine mesure influencent par ricochet votre consommation culturelle.

8 devises différentes et beaucoup de cheveux gris

Un tour à la maison de vente Drouot s’impose pour commencer.

Cela ressemble assez à l’image qu’on s’en fait : un commissaire priseur avec un marteau, des gens au téléphone prêts à enchérir pour des anonymes, un écran qui affiche les prix dans 8 devises différentes et beaucoup de vieilles personnes à cheveux gris et à lunettes. Comme on n’y connaissait pas grand chose, on a gardé les mains bien au fond de nos poches pour éviter d’enchérir par mégarde comme dans un mauvais sketch. La précaution était bien inutile, mais bon 3000€ pour s’être gratté l’oreille, ça fait cher la démangeaison. On n’est jamais trop prudent…

Vente aux enchères Drouot
© CJ

« L’inflation du marché de l’art rend difficile pour les musées l’acquisition de nouvelles œuvres »

Ça, c’est pour le quotidien. Ensuite, il y a ces grandes ventes qui font la une. On se parle ici par exemple du Salvatore Mundi de Léonard vendu 450 millions de dollars en 2017 ou de la Jeune fille à la Corbeille de Picasso adjugée à 115 millions au printemps dernier. Et tout le monde de s’ébaubir de l’impact intemporel de ces génies et les médias de publier des classements tapageurs des œuvres les plus chères au monde. Et Banksy de s’insurger dans un élan d’autodestruction contre-productif puisqu’il aura servi la soupe à ceux qu’ils dénoncent. Et vous et nous, finalement, de nous sentir peu concernés… Sauf que si, en fait, ça nous concerne et de bien plus près qu’on ne le pense : l’inflation du marché de l’art rend difficile pour les musées l’acquisition de nouvelles œuvres et la production d’expositions dont les coûts d’assurance deviennent faramineux, soit les deux principaux facteurs de trafic en leurs murs.

visite au musée
© Clem Onojeghuo

Privé / Public 

C’est ici, que le secteur privé intervient pour équilibrer ces manques et c’est ainsi que se développe un grand échiquier culturel aux multiples cases grises. Nombre d’entreprises s’affichent aujourd’hui en tant que mécènes qui participent à l’achat de trésors, une pratique mieux réglementée depuis 2017 par une charte du mécénat culturel diffusée par le Ministère de tutelle. D’autres participent à l’effort culturel au travers de fondations, têtes de gondole de grands groupes qui sont en mesure d’absorber d’impossibles coûts pour le secteur public et d’attirer finalement chez eux une audience qui n’ira peut-être pas ailleurs.

On parle par exemple de 13 millions d’euros pour l’expo Chtchoukine à la Fondation Louis Vuitton en 2016 (Les Echos), contre 2.4 millions en moyenne pour une exposition au Grand Palais à la même époque (Journal des arts, mars 2016). Alors, on n’est pas là pour dire que le capitalisme c’est mal et la culture doit rester chose publique, on est quand même contents de voir Basquiat à Paris et d’entendre que les collections françaises s’enrichissent de nouveaux chefs-d’œuvres, mais c’est intéressant de savoir à quoi l’on souscrit lorsqu’on achète un billet d’exposition.

Vu comme ça, l’impact des ventes aux enchères et de la spéculation qu’elle entraîne, au-delà des gros titres, ne semble pas si reluisante. Pour autant, ce serait parler trop vite, car notre échiquier aux cases grises s’étend bien loin et les enchères suscitent aussi des remous tant inattendus que positifs. Dans une dépêche parue le mois dernier, l’AFP évoque le rôle essentiel que celles-ci jouent en effet dans la restitution d’œuvres d’art spoliées par les nazis aux collectionneurs juifs. En effet, les maisons de vente mettent aujourd’hui un point d’honneur à mener des recherches sur les biens à la traçabilité douteuse qui refont surface sur le marché.

Un Nokia 3310 aux enchères ? 

Si vous voulez vous frotter à cet univers complexe et singulier, rendez-vous à votre tour aux ventes publiques de Drouot où “toute personne peut y assister, enchérir et acheter” selon les propres termes de la maison. On y trouve de tout, du tableau baroque italien au frigo Miele, en passant par des sacs Vuitton, des vieux téléphones mobiles et des caisses de vin, mais votre curiosité risque d’être bien vite satisfaite par les premières enchères, vous aurez vite trop chaud et vous aurez tout aussi vite envie de vous en aller.

Alors au lieu de traîner dans les salles des ventes du premier étage, on vous conseille les salles du rez-de-chaussée, y sont exposées les œuvres prochainement mises en vente. C’est un bon moyen de se rincer l’œil… et c’est gratuit, cette fois-ci. 

Camille use principalement les semelles de ses baskets dans les salles des musées parisiens, le Louvre c'est sa deuxième maison. Rien ne l'agace plus que les expositions obscures et pompeuses, elle milite pour la vulgarisation de la culture et l'accès pour tous. Bretonne en exil volontaire à Paris, elle est sans cesse tiraillée entre l'effervescence de la capitale et l'appel de la crêpe au beurre.

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